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SaFaïri haut-alpin

In Après-goût: les effets secondaires, Vers l'infini et l'eau-de-là on 21 août 2012 at 6:00

15 jours passés au Faï en juillet et une montagne d’artistes découverts, je repars en quête en cette terre fertile : les nouveaux talents seront-ils à la hauteur ?

 

Après 5h de route, un passage prolongé chez les dromadaires et une visite d’exposition où les effets de reflet et la distance imposés par la porte définitivement fermée aux visiteurs en ce vendredi après-midi 15h34 donnèrent un éclairage original à l’œuvre de Jérôme Piguet…me voilà, telle Hannibal, franchissant victorieusement la frontière des départements drômois et haut-alpins à la conquête des éléphants du Faï…enfin, de ses trompes !

 

Les trompes actuellement: en cours de rénovation. (Photo de René)

 

Dépaysement éternel garanti : lorsque j’arrive les résidences artistiques et chantiers du mois de juillet ont été remplacées par « quelques » autres chantiers. Les rythmes reggae de Djiwan balancent déjà dans l’air encore vibrant de chaleur de la fin d’après-midi (34° à Die) et comme d’habitude, ça brasse en langues d’ici (le franglais) et surtout d’ailleurs. Entre jus d’orange (français) et sirop de pomme de pins (estonien), on patiente comme il se doit.

Eh bien oui, ce 17 août au soir c’est la fête: après Festifai et la fête du Saix on a un peu envie de dire que c’est un état permanent par ici ! « La Montagne qui chante » a lieu tous les ans à cette date précise depuis bien une quinzaine d’années maintenant. Le principe, comme l’indique le nom du festival arborant l’affiche colorée qui m’accueille, est de « faire chanter la montagne ». Budget à la culture réduit oblige, on n’emploie plus de chanteurs, on exploite les éléments ! Trêve de plaisanterie, le Faï abrite en réalité un trésor insoupçonnable et plutôt intriguant…

 

Construction des trompes (Photo de René)

En 1991, jaillit l’idée d’utiliser « l’orgue naturel » de la paroi rocheuse du Faï en développant un système acoustique qui permettrait de projeter des sons et la transformant ainsi en caisse de résonance. Les premières expériences utilisent des enceintes habituelles, mais assez faibles en puissance pour un « orgue » de cette taille-là ! Très vite la recherche d’une puissance plus importante mais aussi la constatation que la direction du son est une donnée à ne pas négliger dans la qualité de l’écho va mener grâce à l’imagination (et aux plans) d’un ingénieur du son Michel Stievenart, à la création d’un système acoustique géant : les trompes ! Nous sommes alors en 1994. Ce sont les trompes des aigues et des médiums – celles qui demeurent souvent cachées aux yeux du public car demandant une protection du fait de leur construction en bois- qui voient le jour à cette période. En 1997 enfin, la trompe des graves surgit de terre : une immense structure en métal et béton voilé dont la construction est réalisée de concert par Jacques Chataîgnier et les habitants du Faï, des participants à un chantier international qui entreprirent ce chantier gigantesque (non sans quelques péripéties évidemment !). Une régie a été également installée, gérant le transfert de la musique live ou enregistrée vers les trompes en la divisant en trois fréquences, grave, médium, aigüe correspondant aux trois systèmes de projection. Pour saisir tous les effets sonores de l’orgue naturel, (au moins) trois endroits stratégiques existent, dont les gradins de la scène du Faï  où se dirigent la plupart des spectateurs de ce soir, l’endroit alliant confort des fesses au confort d’écoute…

 

« -what are you expecting ?

-I think I expect some vibrations, some good experience.”

 

Enfin les étoiles nous transpercent. Le pastis a la couleur de la voie lactée. Les sons élongés d’Insiden, trois jeunes gens composant ce groupe de musique « d’ambiance » grenoblois s’engouffrent entre l’eau du Buëch, les odeurs d’herbe, et le vent léger qui ponctue les silences musicaux. On tâtonne dans le noir, entre les corps noyés dans le ciel pour seul éclairage afin de nous installer au « spot » qui nous fera le plus vibrer. Et là, quelle cantatrice cette paroi face à nous ! (on lui pardonne du coup de nous dissimuler quelques étoiles filantes) Le ciel entier nous tombe dessus sous les flux liquides du son qui se propage insidieusement en nos entrailles…

 

« après ça, on est complètement détendu »

 

Après la détente, c’est reparti pour des rythmiques trépidantes ! La soirée s’achève ou plutôt continue avec le concert de Djimdan. Leur énergie communicative fait danser des regards d’enfants dans la lumière rouge de la scène. Il fait un peu frais dans l’air troué d’étoiles, mais il fait chaud près de la scène où des bolas qui n’étaient pas prévues au programme viennent soudainement endiabler les tam-tams.

 

Le groupe Djiwan derrière le public

 

Le pilier du groupe à la guitare et au chant

Deux des quatre autres musiciens de Djiwan

Bref, au Faï, ça trompe énormèment !

[La partie historique des trompes doit beaucoup au mémoire de Jacques Pierre. Photos de René et de moi-même. Remerciements à tous mes pourvoyeurs d’informations et mes hommages à Lady Gaga (la chèvre)]

The sound of silence

In Après-goût: les effets secondaires on 3 août 2012 at 12:12

Ça y est, dernières réunions post-ouragan et dernières affiches retirées hier soir au clair de lune: FestiFaï c’est fini (pour tout le monde)! La musique s’est tue (en surface), la nature peut enfin chanter sans être interrompue par des énergumènes tapant sur des pianos  ou jouant de la « bouteille de bière » (nouvel instrument tendances 2012-2013). BREF, ENFIN DU SILENCE!  ou presque: n’oublions pas que ce festival prend place entres autres dans un lieu produisant un écho prodigieux… igieux, gieux, eux…Possible que l’on entende quelques échos du festival en ces pages donc…

« Voilà la grâce: débusquer du possible là où les autres ne voient que de l’impossible »

Arno Bertina

Achevons ce mot de la fin qui n’en est pas une par d’autres spirituelles et comiques paroles: on avait les blagues belges, les blagues de blondes, les blagues de matheux, eh bien nous avons aussi les blagues de musiciens (entendu ce fameux samedi 28 juillet, jour du spectacle final)..

– Qu’est-ce qu’une aposiopèse?

– un ange qui passe

CHUT!

Le virus FestiFaï- épisode 2: retour à la m/raison?

In Après-goût: les effets secondaires, La résidence day-by-day on 31 juillet 2012 at 1:49

Le vide: plein de linge sale

 

Résumé de l’épisode précédent: La tempête FestiFaï est passée et a fait son effet : de 66 personnes, ils ne sont plus qu’une dizaine ici.

Nous sommes en ce moment-même  en direct laïve  au coeur de l’évènement dévastateur: l’œil du cyclone, dont chaque trajectoire a retrouvé sa spirale laissant un vide  (presque) palpable.

Mais pas d’inquiétudes, le lieu reste fidèle à lui-même, prêt à accueillir d’autres dingues car:

 

J’ouvre un livre de chansons au hasard…j’aurais pu tomber sur la page suivante avec « Pourvu qu’elles soient douces » de Mylène Farmer, mais non!

Comme le hasard fait bien les choses…

 

Et puis l’ambiance FestiFaï, ça ne vous quitte pas comme ça! Reportage sur les séquelles causées par ce terrible évènement qui en a bouleversé plus d’un par ici:

 

Une expérience éphèmère le FestiFaï ? Really?

Le virus FestiFaï

In Après-goût: les effets secondaires, Entre-vues, Le FestiFaï day-by-day: entre dessous et devant de la scène on 31 juillet 2012 at 1:13

ceci n’est pas un montage: ze no-man’s land après l’ouragan FestiFaï!

La tempête FestiFaï est passée et ça fait son effet…

Les départs se sont succédés toute la journée hier au Faï : toutes les bonnes choses ont une fin paraît-il ! C’est qu’il faut préserver ce petit grain de folie qui fait l’unicité de l’évènement, lui laisser le temps de germer pendant l’année.

Seules quelques âmes résistent encore au tsunami des départs : ça bosse dur pour Timothée et Lucas qui doivent encore retracer l’évènement FestiFaï sur images en 3 minutes top chrono.

Observation…

Vue de profil

 

 

 

 

 

Concentré: Tim au montage

Vue de face

Dilué: Tim toujours au montage (pénurie d’eau oblige…)

Lucas au travail (au fond): une méthode originale

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une variante ou comment épuiser tous les possibles du canapé

 

 

 

 

 

Tim en mode sarcophage. La vidéo est un univers spécial…très spécial…!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et puis parce que les artistes ne sont pas toujours sur le devant de la scène, eux-aussi se sont prêtés au jeu du Self-portrait sous la torture de mon appareil photo-vidéo:

« Thinking is trouble, maaan »  comme dirait Su!

 

Retranscription en direct différé de leurs réponses qui témoignent d’un véritable travail d’équipe:

A: Qu’est- ce qui vous inspire?

Lucas : ‘jcrois que c’est l’endroit qui inspire.

Tim : Moi, c’est comme disait hier Hervé, c’est la folie un peu contagieuse, les espèces de tarés qu’ya  à côté-là!

Lucas : un p’tit peu, j’avoue…

Tim : j’dirais bien la musique mais c’est un peu large. Quand je monte, c’est la musique qui m’inspire. Je sais pas si c’est ça que tu voulais savoir..

A: Sisi, parfait. Et comment créez-vous?

Tim : On crée rien nous. On retranscrit. C’est pas de la création pure. Il faut essayer de retranscrire une ambiance qui ressemble à la réalité sans vouloir rentrer dans la réalité. C’est un peu compliqué parce qu’on utilise des artifices pour être au plus proche de la vraie atmosphère qu’il y a ici. On peut pas la retranscrire par vidéo du coup on utilise des…on essaye de tricher un peu pour qu’ça marche quoi. Ca marche plus ou moins bien d’ailleurs.

 A: Ok! Quelque chose d’autre à déclarer ?

Lucas : Au revoir !

 

 

 

 

Mais ce n’est qu’un au revoâââr!

 

 

LEURS ŒUVRES SUR LE NET:

L’inauguration au plan de Veynes

L’air international du Faï

FestiFaï 2012 en 3mn : en cours de montage!

Et en exclusivité pour vous chers bloggueurs: la piste cachée

des artistes polyvalents, on vous dit, ces vidéastes! 😉

Peuplés de souvenirs

In Le FestiFaï day-by-day: entre dessous et devant de la scène on 30 juillet 2012 at 2:08

Le Café du Peuple et son extension outdoors: un joyeux bordel!

 

Dimanche, 19h, le Café du Peuple. Des gosses qui jouent par terre entre deux bancs, des parents déjà accoudés au bar, des plus vieux et des moins jeunes, des artistes et même des chiens… Même un lendemain de fête, le Café du Peuple fourmille diablement en cette « soirée informelle » qui réunit un peu comme une grande famille, gens de tous âges et de toutes langues, voix à l’unisson ou à l’accordéon : « on est tous amateurs quand on chante, c’est super émouvant de voir tout ce mélange de générations, de langues, amateurs ou professionnels peu importe », Hervé Lapalud encore étonné d’avoir assisté à la performance d’une (très) jeune chanteuse. Au FestiFaï, tous les impossibles sont permis ! Dans la lumière des projos du Café « en roues libres », on découvre les gens à nu: Noémie Lamour sans ses faux cils, Marc et sa bande du Festival Off (une belle découverte Veynes FM !), un Pierre Henri beaucoup plus touchant à portée de main, une voie lactée déclinée en français, anglais et espagnol…Les vins de Philippe Rodriguez viennent lier toutes ces paroles dans un beau dégradé : rose, blanc, rouge. On donne de l’amour, on donne de l’humour en ce dimanche soir d’adieux au FestiFaï. Mais le grain de folie est semé : bien au chaud en terre haute-alpine on le laisse mûrir dans son tonneau de Diogène en attendant l’année prochaine. « La folie c’est un bon moteur quand même » !

Pour approfondir: Eloge de la Folie d’Erasme!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dimanche: jour du seigneur

In La résidence day-by-day on 29 juillet 2012 at 6:32

Après l’ambiance populaire, retour au temps des grands seigneurs! Pendant que les volontaires s’activent pour désinstaller en un jour, 3 ou 4 jours d’installation son et lumière et faire la vaisselle de 120 couverts,  d’autres dégustent les fruits (pastèque au menu) de leur travail…

 

L’être au boulot!

 

 

« Au commencement était le Verbe…

In Le FestiFaï day-by-day: entre dessous et devant de la scène on 29 juillet 2012 at 6:06

…Il était eau, qui va qui vient,

Inlassablement était le verbe,

Qui discutait à l’infini avec l’écho du firmament. »  

Anthelme

Anthelme et son public

Au rythme de la marche, c’est une soixantaine de personne, Veynois, touristes de passage, habitués ou non qui sont venues braver le soleil qui nous tapait dessus à bras raccourcis en ce samedi 28 juillet après-midi afin assister à la ballade des arts naturels mise en scène et dirigée par le Grundtvig et le chantier du Village des Jeunes.

« C’est après avoir traversé une plaine brûlée du soleil que je les rencontre. »

(Jules Renard, texte clôturant le  spectacle « L’être et le boulot »)

Certaines œuvres ne peuvent s’éviter, d’autres se laissent dissimuler derrière leurs couleurs et leurs formes qui épousent le lieu de leur installation. Les œuvres qui ponctuent le chemin sont adoucies des virgules ombragées d’Anthelme et d’intermèdes musicaux :   une ballade avec deux L où il faut parfois oser les chemins détournés :

des ailes: The birds by Marketa

A place to be by Mayah

« Dès que j’approche, leurs troncs se desserrent.
Ils m’accueillent avec prudence.
Je peux me reposer, me rafraîchir,
mais je devine qu’ils m’observent et se défient. » (Jules Renard
)

Les mots : ils nous ont guidés tout au long de cette journée particulièrement dense – ou danse on ne sait plus, des mots d’Anthelme aux non moindres de ceux de Rimbaud et Jules Renard. Douce bohème pour arbres ou rochers qui se poursuit par la deuxième représentation du Cabaret Européen, cette fois à 18h sur la scène du Faï, entre-danses, chansons et mots d’ici et d’ailleurs. Focus sur le Cabaret…

 

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 Faim d’une poire: R.I.P. ou les fruits d’un travail bien mérité

Plus détendue et plus sure d’elle, la poire prend du relief ! Il faut dire que le lieu abolit la distance qu’imposait la scène du Cinéma de Veynes : même si l’espace est moins « confortable » d’après Patrick V., les applaudissements révèlent  (« On n’applaudit pas ? «  remarque une spectatrice lors de la première au cinéma) que le public suit. La poire, revigorée par cette chaleur collective s’accorde un bref instant de gloire…écrasée par inadvertance sous le pied de Mickael déclenchant fous rires de l’assistance !

****

 

Bien repus, les 120 couverts (sans compter la foule de bénévoles) descendent vers 21h en grand convoi à la scène végétalo-aquatique du Faï pour poursuivre la ballade, cette fois assis (digestion oblige !) mais emportés au gré d’un voyage au sein de la chanson française dont les frontières s’étirent par sons et mélodies.

Les êtres entrent en scène guidés par les jeux de mots sans langue de bois de Philippe Séranne : Pin, Charme, Hêtre et boulot défilent, drapés des créations du Grundtvig. Les airs s’enchaînent dans des ambiances végétales mêlant romarin, rose et olive…lorsque soudain le déjeuner sur l’herbe s’interrompt sous l’apparition pétaradante d’un moto-rider excité et d’une tronçonneuse non moins électrisée. Les ronces du travail enlacent les roses : entre work songs et fanfare aux airs timburtoniens, entre accordéon et chants du peuple, fini le jardin d’éden : l’être au boulot est l’animal social d’aujourd’hui. « Peut-on s’éclater au boulot ? Etre ou avoir ?». « I have a dream » répond Martin Luther King  : les fruits du travail existent toujours et c’est au son dansant de l’accordéon et non d’un chant de lutte que s’’achève le spectacle…

 

panier des fruits du travail par Marie

Mais dans l’inévitable clairière amie, les trompes se mettent soudain en marche comme pour célébrer le retour de l’être végétal: Gregoire au piano recueille des décoctions planantes d’un écho sous les étoiles maintenant bien installées…pour vraiment s’achever  au milieu des ombres fantastiques d’une famille d’arbres.

j’apprends ce qu’il faut savoir :

Je sais déjà regarder les nuages qui passent.

Je sais aussi rester en place.

Et je sais presque me taire.

(Jules Renard)

Avant que la danse ne reprenne ! La scène et les gradins du Faï se métamorphosent en « salle des fêtes » à ciel ouvert au son de l’accordéon où musiciens et public  valsent en famille.

 

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Les failles du Faï: ya un os les gars!

Grégoire se trompant dans les paroles de la chanson des roses

Jean-Mi poursuivant les musiciens à la poursuite

…et l’eau ! Entre sa disparition partielle ou totale des robinets du Faï et les menaces de l’orage qui a arrosé joyeusement la répétition générale des musiciens, on a bien cru que nous passerions la soirée assoiffés et les pieds dans l’eau mais ! Finalement un seul homme à la mer a été déclaré : emporté dans la danse frénétique du final, un des squelettes de la fanfare a décidé de goûter l’eau (sans l’accord de sa partenaire).

****

 

Et on remonte danser, boire et chanter jusqu’à tard…

Tard dans la nuit ou tôt le matin, nos étoiles au ciel font un doux frou-frou et certains convives sont infatigables ! Rejoints par quelques-uns des musiciens,  le voyage continue dans le taxi broussi d’Hervé Lapalud. Puis on« espace les cailloux, les étoiles » avec Lior,  et vient l’heure de rejoindre mon oreiller, la voix de Jonathan Mathis résonant encore derrière moi :

« On s’est aimés comme on se quitte
Tout simplement sans penser à demain
À demain qui vient toujours un peu trop vite
Aux adieux qui quelque fois se passent un peu trop bien
 »

(Joe Dassin)

LA CRITIQUE DU SPECTACLE DU SOIR: http://nosenchanteurs.eu/

…ET LES CHANSONS:

Langue de bois- Nougaro

Des rumeurs et des doutes- Gérard Morel

Les raisins dorés- Gilbert Lafaille

Sacré géranium- Dick Annegarn

Déjeuner sur l’herbe- Nougaro

La p’tite Olive- Les Wriggles

Marions les Roses- Malicorne

Monsieur- Thomas Fersen

Requiem du Romarin- Hervé Lapalud

Le chasseur- Fred Radix

Work songs- Grégoire Gensse et Lior Shoov

Hey Ho- Walt Disney

Quand les cigares- Loic Lantoine

Je ne veux pas travailler- Pink Martini

Des roses et des ronces-Kent

Le brin d’herbe- Brigitte Fontaine et Areski

Le pire des métiers- Charles Aznavour

Le front des travailleurs- parti communiste

Antisocial- Trust

Je travaille dans ma tête- Hervé Lapalud

Putain quel beau métier- Ricet Barrier

Salles des fêtes- BatPointG

Vénus- Bashung

Life is a cabaret!

In Le FestiFaï day-by-day: entre dessous et devant de la scène, Vers l'infini et l'eau-de-là on 28 juillet 2012 at 4:26

Anthelme, Duygu, Oana, Ruta, Maruthi et Mickaël: acteurs européens de ce Cabaret

 

« Qu’attendez-vous d’un cabaret européen ? »

des jeux de cartes, de la musique..

something magic and magnetic

de la diversité, un aperçu de la culture européenne avec ses différences et le choc des cultures mais aussi la cohésion. Et de la variété, des identités culturelles. (il y en a qui ont révisé avant de venir !)

qu’on boive toutes les boissons d’Europe !

Grand jour pour le Grundtvig scénographie : ce soir, premier jet on stage de leur Cabaret Européen, fruit de deux semaines de résidence en ce lieu bucolique et chaotique qu’est le Faï avec ces artistes amateurs venus de Lituanie, Turquie, Espagne, Allemagne…Et France!

 

«  Pour moi, le mot « cabaret est très mal choisi, ça ne renvoie pas du tout à la même chose pour vous en France qu’en Allemagne. En Allemagne, c’est une forme de théâtre sociale, politique, ici ça s’apparente au divertissement. Il faudrait plutôt parler de spectacle mêlant poésie, théâtre et musique, je trouve. » (Mickaël, premier jour de résidence)

WHAT IS A CABARET ?

L’imaginaire du Cabaret se résume souvent aujourd’hui à cela :

Le moulin Rouge à Veynes-city : alléchant, isn’t it !mais je ne suis pas tout à fait certaine que cela soit l’esprit du FestiFaï…

Petit retour donc sur une forme de spectacle qui possède aussi sa petite histoire…

 

« Mesdames et messieurs, le Cabaret Voltaire n’est pas une boîte à attractions comme il y en a tant. Nous ne sommes pas rassemblés ici pour voir des numéros de frou-frou et des exhibitions de jambes, ni pour entendre des rengaines. Le Cabaret Voltaire est un lieu de culture. » (annonce lors de la soirée inaugurale du 5 février 1916 pour faire taire l’énorme chahut)

*HUGO BALL*

D’où vient la culture cabaret ?

Naissance : « Le Chat Noir », Montmartre Paris en 1881, lieu d’échange pour les poètes, musiciens et autres artistes. Maupassant, Debussy ou encore Satie ont poussé la porte de ce lieu.

A cheval sur le cabaret -la période Dada : Le 5 février 1916, Hugo Ball, Emmy Hennings , Hans Arp, Tristan Tzara et Marcel Janco  inaugurent le « Cabaret Voltaire », l’antre et un des principaux diffuseurs du mouvement Dada. Expérimentation, « spectacle total, « happening », rythme  ou encore provocation sont quelques éléments de son ambition.

« Dada est une nouvelle tendance artistique, on s’en rend bien compte, puisque, jusqu’à aujourd’hui, personne n’en savait rien et que demain tout Zurich en parlera. Dada a son origine dans le dictionnaire. C’est terriblement simple. En français cela signifie « cheval de bois ». En allemand « va te faire, au revoir, à la prochaine ». En roumain « oui en effet, vous avez raison, c’est ça, d’accord, vraiment, on s’en occupe », etc. C’est un mot international. Seulement un mot et ce mot comme mouvement. »

Extrait du manifeste Dada prononcé le 14 juillet 1916 par Hugo Ball

La Belle-Epoque, divertissement et exotisme: Autrement appelés cafés-concerts ou cafés-théâtre, apparaissent à Paris plusieurs lieux de ce genre, qui permettent notamment la rencontre des classes sociales grâce à leurs prix bas : Les Folies Bergères où l’on peut assister des numéros de toutes sortes (chanteurs, danseurs, clown, jonglage, personnages sensationnels, cirque) et le Moulin Rouge pour les plus connus.

Liza Minelli dans Cabaret

Belle-époque du cabaret à Berlin également ! Le film de Bob Fosse, Cabaret (1972) qui retrace cette période où le divertissement semble vouloir contrer la montée du nazisme ; est d’ailleurs le po(i)nt d’inspiration de Patrick Verschueren dans sa mise en scène du Cabaret Européen présenté en ce moment au FestiFaï..  Cette mythologie de décadence qui règne autour du cabaret allemand et qui s’est ancré dans nos imaginaires, n’est cependant pas l’esprit du spectacle présent (comment ça dommage ?!)..

L’affiche du film Chicago, inspiré de la comédie musicale de Bob Fosse

Le Cabaret du côté de Broadway : né dans les années 1980, c’est un « art de la chanson [chanson et comédie musicale] où priment l’expression théâtralisée du texte et l’intimité de l’échange avec le public » nous indique savamment Jacques Protat dans sa thèse sur le Cabaret New-Yorkais.

« dans le cabaret, la première chose que t’apprends  c’est la relation avec le public, il est hors de question qu’il s’emmerde ! »

Pierre Henri

En bref, le cabaret évoque : liberté, irrévérence et provocation, improvisation, rencontre de la culture populaire et culture savante, mélange des arts (théâtre et musique notamment), satire socio-politique, proximité artistes-public, et boisson !

 

Au Cabaret-Vert

cinq heures du soir

Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines
Aux cailloux des chemins. J’entrais à Charleroi.
− Au Cabaret-Vert : je demandai des tartines
De beurre et du jambon qui fût à moitié froid.

Bienheureux, j’allongeai les jambes sous la table
Verte : je contemplai les sujets très naïfs
De la tapisserie. – Et ce fut adorable,
Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,

− Celle-là, ce n’est pas un baiser qui l’épeure ! −
Rieuse, m’apporta des tartines de beurre,
Du jambon tiède, dans un plat colorié,

Du jambon rose et blanc parfumé d’une gousse
D’ail, − et m’emplit la chope immense, avec sa mousse
Que dorait un rayon de soleil arriéré.

Rimbaud, octobre 1870.

 

Et oui, le cabaret c’est avant tout un lieu de rencontre autour d’un petit verre !

Cabaret : « débit de boissons modeste, où l’on peut parfois prendre des repas. » Assise au Café du Peuple pour cet article, il semble que finalement le lieu se prête particulièrement bien à la chose. Par extension, nous dit « Le Trésor de la Langue Française » (rien que ça), le cabaret est un « petit établissement de spectacle où l’on peut parfois prendre des repas, consommer des boissons et danser. Synonyme : boîte de nuit…Bon finalement le Café du Peuple à 17h, c’est pas trop ça niveau DJs… Le cabaret serait-il aujourd’hui définitivement mis en boîte ? Pas de doute, le Café du Peuple n’est pas une discothèque…mais bien un lieu de musique vivant dans lequel l’espace réduit rapproche les êtres, et où le bar sert aussi (en plus des bières et de p’tis verres de vins) de scène, comme ce jeudi dernier.

les coulisses avant la première

 

Alors, pourquoi jouer ce Cabaret Européen sur la scène lointaine du Cinéma de Veynes et non au Café du Peuple ?

Pour n’importe quel spectacle, le lieu n’est pas anodin et fait partie du show . Patrick V. ne semble pas trop affecté par la distance qu’impose l’imposante estrade du cinéma, la trouvant surtout trop « frontale », et Le Café du Peuple est trop petit pour toutes les trouvailles mises en scène dans le Cabaret de ce soir! Maruthi, elle,  “ would prefer to play in the street » et trouve la scène « too static, too aggressive »… Problèmes techniques qui change la perception du spectacle: étant habituée à les voir répéter « de près », je trouve que certains numéros perdent de leur force  dans cette vision de loin…mais renforce le visuel dans d’autres: compliqué la scène!

Même ayant suivi assidûment les répétitions la première semaine, je suis agréablement surprise: certains personnages se sont vraiment développés, et plusieurs numéros sur lesquels je ne pariais pas trop sont en fait ceux qui marchent le plus. SURPRISE est un mot qui revient dans les impressions du public pour qualifier la première de ce Cabaret:  « étonnant », « très beau, très imaginatif ».  Et l’inverse : d’autres numéros qui me plaisaient beaucoup ont perdu de leur saveur. »Il y a avait trop de de mise en scène et pas assez de chansons! », me dit un spectateur. Je suis assez d’accord, on aimerait par moments que les chansons ou les parties dansées soient un peu plus longues : the show must go on!

Ce soir sera l’occasion pour Oana, Maruthi, Mickaël, Ruta, Duygu et Anthelme de s’exercer dans un tout autre lieu, non moins magique: la scène aquatique du Faï (espérons d’ailleurs que l’eau ne tombe pas du ciel capricieux et reste dans l’étang) !

 

Dompter le public, cette drôle de bête

In Le FestiFaï day-by-day: entre dessous et devant de la scène on 27 juillet 2012 at 6:13

Lior, le batteur de Bat, GG et Bat’.G sous leur meilleur profil!

 

 « Nan mais pasque aujourd’hui l’public si tu l’écoutes, tu vas pas loin hein…tu f’rais même plutôt marche arrière […] »

Kacem Wapalek

Hier, Café du Peuple, début de soirée: Grégoire Gensse ou GG (parce que c’est plus court et prononçable) rentre en scène. L’homme avant le concert: « Oui je ne sais pas encore ce que je vais faire…surement 15mns de piano… ». Ah oui? ah bon. 15 mn de piano, ok.

Ah oui? Ah bon. Pas entendu moi..moi j’ai entendu…en fait j’ai entendu et vu et chanté et joué, avec mes voisins de table (on s’assied où l’on peut dans ce café TRES intimiste!). L’intro nous branche directement sur son rythme intérieur qui s’extériorise à la surface de tous les membres de son corps…Et du nôtre! GG manipule à merveille son public comme réservoir à rythmes et mélodies. Le lion en scène d’avant-hier se fait cette fois notre chef d’orchestre…avant de s’attaquer au piano.

Le piano? « Un instrument à cordes frappées » nous dit la définition. GG la prend au pied de la lettre et frappe son piano comme autant de percussions, révélant au public  la vraie nature de cet instrument. Puis aux percussions, s’ajoutent des mélodies: ses doigts s’agitent frénétiquement…mais ne nous envahissent pas de son: le silence y est musique et GG le met particulièrement bien en valeur. Pas de monotonie dans le frappé non plus: le maître-percupianiste connaît l’art du contraste…Bref, un récital percutant!

Lui succède Lior Shoov, toute en longueur et en objets hétéroclites et disparates. Semblable corps-instrument que celui de son acolyte qui l’ a devancée, Lior  joue de ces miscellanées sonores auxquelles elle insuffle vie, objets souvent détournés de leur but premier ou instruments marginaux pour nous pauvres occidentaux ( hang, harmonica, sanza…)!

« Il faut dés-œuvrer au sens actif du terme. […] Car c’est cela le propre de l’homme : écrire un poème en dépassant la fonction communicative du langage ; parler ou donner un baiser en détournant de sa fonction la bouche, qui sert d’abord à manger. […] 

Giorgio Amben

Un peu clown, Lior semble avoir gardé un (voire des, voire beaucoup) des soupçons de malice de l’enfance, et s’amuse beaucoup avec son public qui la « fait trembler ». Elle joue de nous également, mais nous exploite en douceur…Rafraîchir son public d’une bouteille d’eau, se servir de ses applaudissements comme tremplin à chanson, Lior n’est pas culottée mais c’est ainsi qu’elle nous fait rêver, et nous envahit de petits picotements qui commencent au bout d’un doigt pour s’insinuer jusque dans nos doigts d’pieds. La musique de Lior est pleine d’images qu’elle active de son corps-intrument et de sa voix rapeuse: rapeuse de mots inconnus ou à l’accent musical, images d’elle d’abord, images d’ailleurs enfin…Sa dernière chanson nous emmène sur la route, quelque part, au-devant de l’inconnu et au gré du hasard..

Du coup, lorsque BatPointG arrive, dur dur de garder le public en haleine, lui qui s’était paresseusement habitué à être exploité! Heureusement l’énergie d’un duo sexy accordéon-batterie retient nos oreilles pour finir par faire résonner le café du Peuple et son public!

L’ère du spectateur passif serait-elle révolue?

Entre Britney Spears et Carmen de Bizet: la relève de la chanson française!

In Le FestiFaï day-by-day: entre dessous et devant de la scène on 27 juillet 2012 at 5:11

Mercredi soir, Noémie Lamour et les Tatanos Cesters, ainsi que le survolté Fred Radix ont littéralement déménagé le café du peuple : ce lieu intime propice aux confessions (ou confusions) entre artistes et public nous a transporté tour-à-tour à Bercy – Fred Radix nous enseignant patiemment comment être un public à peu près décent…  Puis s’est vu carrément métamorphosé en arène romaine (magnifique satyre Grégoire Gensse, aussi en concert ce jeudi 26 juillet) où la banalité et le tragique du quotidien s’est fait transpercer à grand coups de petites piques comiques et lyriques.

Les deux artistes ont le chic pour nous mettre en scène ce quotidien qui nous alourdit, au travers de mots simples ou de savoureuses parodies de l’univers conventionnel de la musique (classique comme chanson française !) qui rendent leurs petites histoires (voire leurs épopées lyriques dans le cas de Noémie Lamour) grinçantes ou touchantes mais toujours marrantes.

« C’est la magie du spectacle » comme dirait Noémie Lamour, qui « s’amuse beaucoup » au FestiFaï !