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Le virus FestiFaï- épisode 2: retour à la m/raison?

In Après-goût: les effets secondaires, La résidence day-by-day on 31 juillet 2012 at 1:49

Le vide: plein de linge sale

 

Résumé de l’épisode précédent: La tempête FestiFaï est passée et a fait son effet : de 66 personnes, ils ne sont plus qu’une dizaine ici.

Nous sommes en ce moment-même  en direct laïve  au coeur de l’évènement dévastateur: l’œil du cyclone, dont chaque trajectoire a retrouvé sa spirale laissant un vide  (presque) palpable.

Mais pas d’inquiétudes, le lieu reste fidèle à lui-même, prêt à accueillir d’autres dingues car:

 

J’ouvre un livre de chansons au hasard…j’aurais pu tomber sur la page suivante avec « Pourvu qu’elles soient douces » de Mylène Farmer, mais non!

Comme le hasard fait bien les choses…

 

Et puis l’ambiance FestiFaï, ça ne vous quitte pas comme ça! Reportage sur les séquelles causées par ce terrible évènement qui en a bouleversé plus d’un par ici:

 

Une expérience éphèmère le FestiFaï ? Really?

Le virus FestiFaï

In Après-goût: les effets secondaires, Entre-vues, Le FestiFaï day-by-day: entre dessous et devant de la scène on 31 juillet 2012 at 1:13

ceci n’est pas un montage: ze no-man’s land après l’ouragan FestiFaï!

La tempête FestiFaï est passée et ça fait son effet…

Les départs se sont succédés toute la journée hier au Faï : toutes les bonnes choses ont une fin paraît-il ! C’est qu’il faut préserver ce petit grain de folie qui fait l’unicité de l’évènement, lui laisser le temps de germer pendant l’année.

Seules quelques âmes résistent encore au tsunami des départs : ça bosse dur pour Timothée et Lucas qui doivent encore retracer l’évènement FestiFaï sur images en 3 minutes top chrono.

Observation…

Vue de profil

 

 

 

 

 

Concentré: Tim au montage

Vue de face

Dilué: Tim toujours au montage (pénurie d’eau oblige…)

Lucas au travail (au fond): une méthode originale

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une variante ou comment épuiser tous les possibles du canapé

 

 

 

 

 

Tim en mode sarcophage. La vidéo est un univers spécial…très spécial…!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et puis parce que les artistes ne sont pas toujours sur le devant de la scène, eux-aussi se sont prêtés au jeu du Self-portrait sous la torture de mon appareil photo-vidéo:

« Thinking is trouble, maaan »  comme dirait Su!

 

Retranscription en direct différé de leurs réponses qui témoignent d’un véritable travail d’équipe:

A: Qu’est- ce qui vous inspire?

Lucas : ‘jcrois que c’est l’endroit qui inspire.

Tim : Moi, c’est comme disait hier Hervé, c’est la folie un peu contagieuse, les espèces de tarés qu’ya  à côté-là!

Lucas : un p’tit peu, j’avoue…

Tim : j’dirais bien la musique mais c’est un peu large. Quand je monte, c’est la musique qui m’inspire. Je sais pas si c’est ça que tu voulais savoir..

A: Sisi, parfait. Et comment créez-vous?

Tim : On crée rien nous. On retranscrit. C’est pas de la création pure. Il faut essayer de retranscrire une ambiance qui ressemble à la réalité sans vouloir rentrer dans la réalité. C’est un peu compliqué parce qu’on utilise des artifices pour être au plus proche de la vraie atmosphère qu’il y a ici. On peut pas la retranscrire par vidéo du coup on utilise des…on essaye de tricher un peu pour qu’ça marche quoi. Ca marche plus ou moins bien d’ailleurs.

 A: Ok! Quelque chose d’autre à déclarer ?

Lucas : Au revoir !

 

 

 

 

Mais ce n’est qu’un au revoâââr!

 

 

LEURS ŒUVRES SUR LE NET:

L’inauguration au plan de Veynes

L’air international du Faï

FestiFaï 2012 en 3mn : en cours de montage!

Et en exclusivité pour vous chers bloggueurs: la piste cachée

des artistes polyvalents, on vous dit, ces vidéastes! 😉

Peuplés de souvenirs

In Le FestiFaï day-by-day: entre dessous et devant de la scène on 30 juillet 2012 at 2:08

Le Café du Peuple et son extension outdoors: un joyeux bordel!

 

Dimanche, 19h, le Café du Peuple. Des gosses qui jouent par terre entre deux bancs, des parents déjà accoudés au bar, des plus vieux et des moins jeunes, des artistes et même des chiens… Même un lendemain de fête, le Café du Peuple fourmille diablement en cette « soirée informelle » qui réunit un peu comme une grande famille, gens de tous âges et de toutes langues, voix à l’unisson ou à l’accordéon : « on est tous amateurs quand on chante, c’est super émouvant de voir tout ce mélange de générations, de langues, amateurs ou professionnels peu importe », Hervé Lapalud encore étonné d’avoir assisté à la performance d’une (très) jeune chanteuse. Au FestiFaï, tous les impossibles sont permis ! Dans la lumière des projos du Café « en roues libres », on découvre les gens à nu: Noémie Lamour sans ses faux cils, Marc et sa bande du Festival Off (une belle découverte Veynes FM !), un Pierre Henri beaucoup plus touchant à portée de main, une voie lactée déclinée en français, anglais et espagnol…Les vins de Philippe Rodriguez viennent lier toutes ces paroles dans un beau dégradé : rose, blanc, rouge. On donne de l’amour, on donne de l’humour en ce dimanche soir d’adieux au FestiFaï. Mais le grain de folie est semé : bien au chaud en terre haute-alpine on le laisse mûrir dans son tonneau de Diogène en attendant l’année prochaine. « La folie c’est un bon moteur quand même » !

Pour approfondir: Eloge de la Folie d’Erasme!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dimanche: jour du seigneur

In La résidence day-by-day on 29 juillet 2012 at 6:32

Après l’ambiance populaire, retour au temps des grands seigneurs! Pendant que les volontaires s’activent pour désinstaller en un jour, 3 ou 4 jours d’installation son et lumière et faire la vaisselle de 120 couverts,  d’autres dégustent les fruits (pastèque au menu) de leur travail…

 

L’être au boulot!

 

 

« Au commencement était le Verbe…

In Le FestiFaï day-by-day: entre dessous et devant de la scène on 29 juillet 2012 at 6:06

…Il était eau, qui va qui vient,

Inlassablement était le verbe,

Qui discutait à l’infini avec l’écho du firmament. »  

Anthelme

Anthelme et son public

Au rythme de la marche, c’est une soixantaine de personne, Veynois, touristes de passage, habitués ou non qui sont venues braver le soleil qui nous tapait dessus à bras raccourcis en ce samedi 28 juillet après-midi afin assister à la ballade des arts naturels mise en scène et dirigée par le Grundtvig et le chantier du Village des Jeunes.

« C’est après avoir traversé une plaine brûlée du soleil que je les rencontre. »

(Jules Renard, texte clôturant le  spectacle « L’être et le boulot »)

Certaines œuvres ne peuvent s’éviter, d’autres se laissent dissimuler derrière leurs couleurs et leurs formes qui épousent le lieu de leur installation. Les œuvres qui ponctuent le chemin sont adoucies des virgules ombragées d’Anthelme et d’intermèdes musicaux :   une ballade avec deux L où il faut parfois oser les chemins détournés :

des ailes: The birds by Marketa

A place to be by Mayah

« Dès que j’approche, leurs troncs se desserrent.
Ils m’accueillent avec prudence.
Je peux me reposer, me rafraîchir,
mais je devine qu’ils m’observent et se défient. » (Jules Renard
)

Les mots : ils nous ont guidés tout au long de cette journée particulièrement dense – ou danse on ne sait plus, des mots d’Anthelme aux non moindres de ceux de Rimbaud et Jules Renard. Douce bohème pour arbres ou rochers qui se poursuit par la deuxième représentation du Cabaret Européen, cette fois à 18h sur la scène du Faï, entre-danses, chansons et mots d’ici et d’ailleurs. Focus sur le Cabaret…

 

****

 Faim d’une poire: R.I.P. ou les fruits d’un travail bien mérité

Plus détendue et plus sure d’elle, la poire prend du relief ! Il faut dire que le lieu abolit la distance qu’imposait la scène du Cinéma de Veynes : même si l’espace est moins « confortable » d’après Patrick V., les applaudissements révèlent  (« On n’applaudit pas ? «  remarque une spectatrice lors de la première au cinéma) que le public suit. La poire, revigorée par cette chaleur collective s’accorde un bref instant de gloire…écrasée par inadvertance sous le pied de Mickael déclenchant fous rires de l’assistance !

****

 

Bien repus, les 120 couverts (sans compter la foule de bénévoles) descendent vers 21h en grand convoi à la scène végétalo-aquatique du Faï pour poursuivre la ballade, cette fois assis (digestion oblige !) mais emportés au gré d’un voyage au sein de la chanson française dont les frontières s’étirent par sons et mélodies.

Les êtres entrent en scène guidés par les jeux de mots sans langue de bois de Philippe Séranne : Pin, Charme, Hêtre et boulot défilent, drapés des créations du Grundtvig. Les airs s’enchaînent dans des ambiances végétales mêlant romarin, rose et olive…lorsque soudain le déjeuner sur l’herbe s’interrompt sous l’apparition pétaradante d’un moto-rider excité et d’une tronçonneuse non moins électrisée. Les ronces du travail enlacent les roses : entre work songs et fanfare aux airs timburtoniens, entre accordéon et chants du peuple, fini le jardin d’éden : l’être au boulot est l’animal social d’aujourd’hui. « Peut-on s’éclater au boulot ? Etre ou avoir ?». « I have a dream » répond Martin Luther King  : les fruits du travail existent toujours et c’est au son dansant de l’accordéon et non d’un chant de lutte que s’’achève le spectacle…

 

panier des fruits du travail par Marie

Mais dans l’inévitable clairière amie, les trompes se mettent soudain en marche comme pour célébrer le retour de l’être végétal: Gregoire au piano recueille des décoctions planantes d’un écho sous les étoiles maintenant bien installées…pour vraiment s’achever  au milieu des ombres fantastiques d’une famille d’arbres.

j’apprends ce qu’il faut savoir :

Je sais déjà regarder les nuages qui passent.

Je sais aussi rester en place.

Et je sais presque me taire.

(Jules Renard)

Avant que la danse ne reprenne ! La scène et les gradins du Faï se métamorphosent en « salle des fêtes » à ciel ouvert au son de l’accordéon où musiciens et public  valsent en famille.

 

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Les failles du Faï: ya un os les gars!

Grégoire se trompant dans les paroles de la chanson des roses

Jean-Mi poursuivant les musiciens à la poursuite

…et l’eau ! Entre sa disparition partielle ou totale des robinets du Faï et les menaces de l’orage qui a arrosé joyeusement la répétition générale des musiciens, on a bien cru que nous passerions la soirée assoiffés et les pieds dans l’eau mais ! Finalement un seul homme à la mer a été déclaré : emporté dans la danse frénétique du final, un des squelettes de la fanfare a décidé de goûter l’eau (sans l’accord de sa partenaire).

****

 

Et on remonte danser, boire et chanter jusqu’à tard…

Tard dans la nuit ou tôt le matin, nos étoiles au ciel font un doux frou-frou et certains convives sont infatigables ! Rejoints par quelques-uns des musiciens,  le voyage continue dans le taxi broussi d’Hervé Lapalud. Puis on« espace les cailloux, les étoiles » avec Lior,  et vient l’heure de rejoindre mon oreiller, la voix de Jonathan Mathis résonant encore derrière moi :

« On s’est aimés comme on se quitte
Tout simplement sans penser à demain
À demain qui vient toujours un peu trop vite
Aux adieux qui quelque fois se passent un peu trop bien
 »

(Joe Dassin)

LA CRITIQUE DU SPECTACLE DU SOIR: http://nosenchanteurs.eu/

…ET LES CHANSONS:

Langue de bois- Nougaro

Des rumeurs et des doutes- Gérard Morel

Les raisins dorés- Gilbert Lafaille

Sacré géranium- Dick Annegarn

Déjeuner sur l’herbe- Nougaro

La p’tite Olive- Les Wriggles

Marions les Roses- Malicorne

Monsieur- Thomas Fersen

Requiem du Romarin- Hervé Lapalud

Le chasseur- Fred Radix

Work songs- Grégoire Gensse et Lior Shoov

Hey Ho- Walt Disney

Quand les cigares- Loic Lantoine

Je ne veux pas travailler- Pink Martini

Des roses et des ronces-Kent

Le brin d’herbe- Brigitte Fontaine et Areski

Le pire des métiers- Charles Aznavour

Le front des travailleurs- parti communiste

Antisocial- Trust

Je travaille dans ma tête- Hervé Lapalud

Putain quel beau métier- Ricet Barrier

Salles des fêtes- BatPointG

Vénus- Bashung

Life is a cabaret!

In Le FestiFaï day-by-day: entre dessous et devant de la scène, Vers l'infini et l'eau-de-là on 28 juillet 2012 at 4:26

Anthelme, Duygu, Oana, Ruta, Maruthi et Mickaël: acteurs européens de ce Cabaret

 

« Qu’attendez-vous d’un cabaret européen ? »

des jeux de cartes, de la musique..

something magic and magnetic

de la diversité, un aperçu de la culture européenne avec ses différences et le choc des cultures mais aussi la cohésion. Et de la variété, des identités culturelles. (il y en a qui ont révisé avant de venir !)

qu’on boive toutes les boissons d’Europe !

Grand jour pour le Grundtvig scénographie : ce soir, premier jet on stage de leur Cabaret Européen, fruit de deux semaines de résidence en ce lieu bucolique et chaotique qu’est le Faï avec ces artistes amateurs venus de Lituanie, Turquie, Espagne, Allemagne…Et France!

 

«  Pour moi, le mot « cabaret est très mal choisi, ça ne renvoie pas du tout à la même chose pour vous en France qu’en Allemagne. En Allemagne, c’est une forme de théâtre sociale, politique, ici ça s’apparente au divertissement. Il faudrait plutôt parler de spectacle mêlant poésie, théâtre et musique, je trouve. » (Mickaël, premier jour de résidence)

WHAT IS A CABARET ?

L’imaginaire du Cabaret se résume souvent aujourd’hui à cela :

Le moulin Rouge à Veynes-city : alléchant, isn’t it !mais je ne suis pas tout à fait certaine que cela soit l’esprit du FestiFaï…

Petit retour donc sur une forme de spectacle qui possède aussi sa petite histoire…

 

« Mesdames et messieurs, le Cabaret Voltaire n’est pas une boîte à attractions comme il y en a tant. Nous ne sommes pas rassemblés ici pour voir des numéros de frou-frou et des exhibitions de jambes, ni pour entendre des rengaines. Le Cabaret Voltaire est un lieu de culture. » (annonce lors de la soirée inaugurale du 5 février 1916 pour faire taire l’énorme chahut)

*HUGO BALL*

D’où vient la culture cabaret ?

Naissance : « Le Chat Noir », Montmartre Paris en 1881, lieu d’échange pour les poètes, musiciens et autres artistes. Maupassant, Debussy ou encore Satie ont poussé la porte de ce lieu.

A cheval sur le cabaret -la période Dada : Le 5 février 1916, Hugo Ball, Emmy Hennings , Hans Arp, Tristan Tzara et Marcel Janco  inaugurent le « Cabaret Voltaire », l’antre et un des principaux diffuseurs du mouvement Dada. Expérimentation, « spectacle total, « happening », rythme  ou encore provocation sont quelques éléments de son ambition.

« Dada est une nouvelle tendance artistique, on s’en rend bien compte, puisque, jusqu’à aujourd’hui, personne n’en savait rien et que demain tout Zurich en parlera. Dada a son origine dans le dictionnaire. C’est terriblement simple. En français cela signifie « cheval de bois ». En allemand « va te faire, au revoir, à la prochaine ». En roumain « oui en effet, vous avez raison, c’est ça, d’accord, vraiment, on s’en occupe », etc. C’est un mot international. Seulement un mot et ce mot comme mouvement. »

Extrait du manifeste Dada prononcé le 14 juillet 1916 par Hugo Ball

La Belle-Epoque, divertissement et exotisme: Autrement appelés cafés-concerts ou cafés-théâtre, apparaissent à Paris plusieurs lieux de ce genre, qui permettent notamment la rencontre des classes sociales grâce à leurs prix bas : Les Folies Bergères où l’on peut assister des numéros de toutes sortes (chanteurs, danseurs, clown, jonglage, personnages sensationnels, cirque) et le Moulin Rouge pour les plus connus.

Liza Minelli dans Cabaret

Belle-époque du cabaret à Berlin également ! Le film de Bob Fosse, Cabaret (1972) qui retrace cette période où le divertissement semble vouloir contrer la montée du nazisme ; est d’ailleurs le po(i)nt d’inspiration de Patrick Verschueren dans sa mise en scène du Cabaret Européen présenté en ce moment au FestiFaï..  Cette mythologie de décadence qui règne autour du cabaret allemand et qui s’est ancré dans nos imaginaires, n’est cependant pas l’esprit du spectacle présent (comment ça dommage ?!)..

L’affiche du film Chicago, inspiré de la comédie musicale de Bob Fosse

Le Cabaret du côté de Broadway : né dans les années 1980, c’est un « art de la chanson [chanson et comédie musicale] où priment l’expression théâtralisée du texte et l’intimité de l’échange avec le public » nous indique savamment Jacques Protat dans sa thèse sur le Cabaret New-Yorkais.

« dans le cabaret, la première chose que t’apprends  c’est la relation avec le public, il est hors de question qu’il s’emmerde ! »

Pierre Henri

En bref, le cabaret évoque : liberté, irrévérence et provocation, improvisation, rencontre de la culture populaire et culture savante, mélange des arts (théâtre et musique notamment), satire socio-politique, proximité artistes-public, et boisson !

 

Au Cabaret-Vert

cinq heures du soir

Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines
Aux cailloux des chemins. J’entrais à Charleroi.
− Au Cabaret-Vert : je demandai des tartines
De beurre et du jambon qui fût à moitié froid.

Bienheureux, j’allongeai les jambes sous la table
Verte : je contemplai les sujets très naïfs
De la tapisserie. – Et ce fut adorable,
Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,

− Celle-là, ce n’est pas un baiser qui l’épeure ! −
Rieuse, m’apporta des tartines de beurre,
Du jambon tiède, dans un plat colorié,

Du jambon rose et blanc parfumé d’une gousse
D’ail, − et m’emplit la chope immense, avec sa mousse
Que dorait un rayon de soleil arriéré.

Rimbaud, octobre 1870.

 

Et oui, le cabaret c’est avant tout un lieu de rencontre autour d’un petit verre !

Cabaret : « débit de boissons modeste, où l’on peut parfois prendre des repas. » Assise au Café du Peuple pour cet article, il semble que finalement le lieu se prête particulièrement bien à la chose. Par extension, nous dit « Le Trésor de la Langue Française » (rien que ça), le cabaret est un « petit établissement de spectacle où l’on peut parfois prendre des repas, consommer des boissons et danser. Synonyme : boîte de nuit…Bon finalement le Café du Peuple à 17h, c’est pas trop ça niveau DJs… Le cabaret serait-il aujourd’hui définitivement mis en boîte ? Pas de doute, le Café du Peuple n’est pas une discothèque…mais bien un lieu de musique vivant dans lequel l’espace réduit rapproche les êtres, et où le bar sert aussi (en plus des bières et de p’tis verres de vins) de scène, comme ce jeudi dernier.

les coulisses avant la première

 

Alors, pourquoi jouer ce Cabaret Européen sur la scène lointaine du Cinéma de Veynes et non au Café du Peuple ?

Pour n’importe quel spectacle, le lieu n’est pas anodin et fait partie du show . Patrick V. ne semble pas trop affecté par la distance qu’impose l’imposante estrade du cinéma, la trouvant surtout trop « frontale », et Le Café du Peuple est trop petit pour toutes les trouvailles mises en scène dans le Cabaret de ce soir! Maruthi, elle,  “ would prefer to play in the street » et trouve la scène « too static, too aggressive »… Problèmes techniques qui change la perception du spectacle: étant habituée à les voir répéter « de près », je trouve que certains numéros perdent de leur force  dans cette vision de loin…mais renforce le visuel dans d’autres: compliqué la scène!

Même ayant suivi assidûment les répétitions la première semaine, je suis agréablement surprise: certains personnages se sont vraiment développés, et plusieurs numéros sur lesquels je ne pariais pas trop sont en fait ceux qui marchent le plus. SURPRISE est un mot qui revient dans les impressions du public pour qualifier la première de ce Cabaret:  « étonnant », « très beau, très imaginatif ».  Et l’inverse : d’autres numéros qui me plaisaient beaucoup ont perdu de leur saveur. »Il y a avait trop de de mise en scène et pas assez de chansons! », me dit un spectateur. Je suis assez d’accord, on aimerait par moments que les chansons ou les parties dansées soient un peu plus longues : the show must go on!

Ce soir sera l’occasion pour Oana, Maruthi, Mickaël, Ruta, Duygu et Anthelme de s’exercer dans un tout autre lieu, non moins magique: la scène aquatique du Faï (espérons d’ailleurs que l’eau ne tombe pas du ciel capricieux et reste dans l’étang) !

 

Dompter le public, cette drôle de bête

In Le FestiFaï day-by-day: entre dessous et devant de la scène on 27 juillet 2012 at 6:13

Lior, le batteur de Bat, GG et Bat’.G sous leur meilleur profil!

 

 « Nan mais pasque aujourd’hui l’public si tu l’écoutes, tu vas pas loin hein…tu f’rais même plutôt marche arrière […] »

Kacem Wapalek

Hier, Café du Peuple, début de soirée: Grégoire Gensse ou GG (parce que c’est plus court et prononçable) rentre en scène. L’homme avant le concert: « Oui je ne sais pas encore ce que je vais faire…surement 15mns de piano… ». Ah oui? ah bon. 15 mn de piano, ok.

Ah oui? Ah bon. Pas entendu moi..moi j’ai entendu…en fait j’ai entendu et vu et chanté et joué, avec mes voisins de table (on s’assied où l’on peut dans ce café TRES intimiste!). L’intro nous branche directement sur son rythme intérieur qui s’extériorise à la surface de tous les membres de son corps…Et du nôtre! GG manipule à merveille son public comme réservoir à rythmes et mélodies. Le lion en scène d’avant-hier se fait cette fois notre chef d’orchestre…avant de s’attaquer au piano.

Le piano? « Un instrument à cordes frappées » nous dit la définition. GG la prend au pied de la lettre et frappe son piano comme autant de percussions, révélant au public  la vraie nature de cet instrument. Puis aux percussions, s’ajoutent des mélodies: ses doigts s’agitent frénétiquement…mais ne nous envahissent pas de son: le silence y est musique et GG le met particulièrement bien en valeur. Pas de monotonie dans le frappé non plus: le maître-percupianiste connaît l’art du contraste…Bref, un récital percutant!

Lui succède Lior Shoov, toute en longueur et en objets hétéroclites et disparates. Semblable corps-instrument que celui de son acolyte qui l’ a devancée, Lior  joue de ces miscellanées sonores auxquelles elle insuffle vie, objets souvent détournés de leur but premier ou instruments marginaux pour nous pauvres occidentaux ( hang, harmonica, sanza…)!

« Il faut dés-œuvrer au sens actif du terme. […] Car c’est cela le propre de l’homme : écrire un poème en dépassant la fonction communicative du langage ; parler ou donner un baiser en détournant de sa fonction la bouche, qui sert d’abord à manger. […] 

Giorgio Amben

Un peu clown, Lior semble avoir gardé un (voire des, voire beaucoup) des soupçons de malice de l’enfance, et s’amuse beaucoup avec son public qui la « fait trembler ». Elle joue de nous également, mais nous exploite en douceur…Rafraîchir son public d’une bouteille d’eau, se servir de ses applaudissements comme tremplin à chanson, Lior n’est pas culottée mais c’est ainsi qu’elle nous fait rêver, et nous envahit de petits picotements qui commencent au bout d’un doigt pour s’insinuer jusque dans nos doigts d’pieds. La musique de Lior est pleine d’images qu’elle active de son corps-intrument et de sa voix rapeuse: rapeuse de mots inconnus ou à l’accent musical, images d’elle d’abord, images d’ailleurs enfin…Sa dernière chanson nous emmène sur la route, quelque part, au-devant de l’inconnu et au gré du hasard..

Du coup, lorsque BatPointG arrive, dur dur de garder le public en haleine, lui qui s’était paresseusement habitué à être exploité! Heureusement l’énergie d’un duo sexy accordéon-batterie retient nos oreilles pour finir par faire résonner le café du Peuple et son public!

L’ère du spectateur passif serait-elle révolue?

Entre Britney Spears et Carmen de Bizet: la relève de la chanson française!

In Le FestiFaï day-by-day: entre dessous et devant de la scène on 27 juillet 2012 at 5:11

Mercredi soir, Noémie Lamour et les Tatanos Cesters, ainsi que le survolté Fred Radix ont littéralement déménagé le café du peuple : ce lieu intime propice aux confessions (ou confusions) entre artistes et public nous a transporté tour-à-tour à Bercy – Fred Radix nous enseignant patiemment comment être un public à peu près décent…  Puis s’est vu carrément métamorphosé en arène romaine (magnifique satyre Grégoire Gensse, aussi en concert ce jeudi 26 juillet) où la banalité et le tragique du quotidien s’est fait transpercer à grand coups de petites piques comiques et lyriques.

Les deux artistes ont le chic pour nous mettre en scène ce quotidien qui nous alourdit, au travers de mots simples ou de savoureuses parodies de l’univers conventionnel de la musique (classique comme chanson française !) qui rendent leurs petites histoires (voire leurs épopées lyriques dans le cas de Noémie Lamour) grinçantes ou touchantes mais toujours marrantes.

« C’est la magie du spectacle » comme dirait Noémie Lamour, qui « s’amuse beaucoup » au FestiFaï !

Hervé Lapalud et Jonathan Mathis en union libre

In Entre-vues, Le FestiFaï day-by-day: entre dessous et devant de la scène on 27 juillet 2012 at 5:10

Ce mardi 24 juillet, dans la cour à ciel ouvert de l’Auberge de la Tour (St Pierre d’Argençon), Hervé Lapalud mis en bouche par son acolyte Jonathan Mathis en ont fait voir de toutes les couleurs à notre imagination ! Au travers de surprises mélodiques, comiques et cosmiques voire même mécaniques ;  les deux artistes « en résistance » au Faï (lapsus made in Hervé!) nous ont fait voyager aux frontières (et au-delà) de notre espace-temps quotidien, au gré de leur remarquable jeu musical, peuplé de jeux de mots… et surtout, d’instruments bizarroïdes.

En magasin,  hier, il y avait : des koras (sorte de grande harpe africaine, faite d’une calebasse), sanzas (petit instrument à lames africain également, contenu ici dans une boîte de harengs), ukulélé, basse, accordéon, guitare, saxinette (« celui-là, ça n’existe pas. C’est un luthier qui me l’a fabriqué pour un concert. » Jonathan), harmonica, gaharand (percussions, instrument argentin qui ressemble à une sorte de cocotte-minute)…ET l’orgue de barbarie of course ! Jonathan Mathis, nous annonçant en début de concert qu’il ne nous ferait pas de conférence sur cet instrument s’est vu contraint en fin du concert de s’exécuter, devant une foule féroce et avide d’explications.

Mais revenons en ces lignes au couple musical…

Dans l’air tiède de la cour de l’Auberge ce 24 juillet, l’orgue de Barbarie attaque tout en douceur, mais non sans vigueur, cette soirée ! Jonathan Mathis se voit bientôt rejoint d’Hervé Lapalud qui rentre enfin en scène pour mener la danse, entre chansons intimistes et rigolotes, pastiches parodiques ou hommages poétiques…Achevant le show dans un dialogue avec l’orgue et son maître.

Dialogue pré-concert avec Jonathan Mathis sur une « union libre » [mots dudit intéréssé] !

Pas de stress pour ce soir ?

Non non, bon on va peut-être répéter un peu, ça fait longtemps qu’on n’a pas joué ensemble… !

[Les deux musiciens sont descendus tous deux à 16h ce 24 juillet pour se mettre au diapason.]

Vous avez toujours joué ensemble ?

Non, Hervé a longtemps tourné tout seul, pendant 3 ans, et puis il en a eu marre. Il avait besoin de partager l’affiche avec quelqu’un et il a fait appel à moi.

Et comment te connaît-il ?

Oh ça fait un moment qu’on se tourne autour ! [rires]Non, en fait, on avait déjà joué ensemble dans des soirées, on s’était croisés deux trois fois.

Et donc ça fait depuis combien de temps que vous jouez ensemble maintenant ?

Ça fait maintenant 2 ans.

A quel genre vos compositions se rattachent-elles, y-a- t’il un genre ou non ?

Oui, Hervé a pas mal bossé sur les musiques africaines, donc on utilise pas mal des koras, des sanzas, des instruments bizarres. Puis, j’amène moi aussi tout l’univers de l’orgue de barbarie…

Mais qu’est-ce donc que cet instrument qu’on ne voit plus guère que dans les fêtes foraines ??

Tout sur l’orgasme mécanique: « Au Faï, on Oze le Saix » comme dirait Xavier!

« l’orrgue mécanique ? is that mecanic orgasm ? » Su looking at Jonathan Mathis’ website

Entre couture et informatique, l’orgue est ordinairement (d’après les autorités) défini comme un instrument à vent mécanique … « c’est un appareil reproducteur de musique et qui n’est même pas classé au rang des instruments de musique dans les classifications » nous présente le propriétaire de la bête.

C’est vous-même qui faîtes les cartons ? Comment on passe d’un carton à de la musique ?

Alors ça c’est du carton d’isolation électrique comme on l’utilise pour les patrons en couture. On le plie et on fait un contre-collage, ce qui donne l’accordéon que vous voyez ici. Ca permet que le carton soit rigide et qu’il ne se déchire pas. On utilise ensuite un vernis super léger à l’alcool qui s’évapore tout de suite pour ne pas faire gonfler le carton.

Pour le perçage, on utilise d’abord l’ordinateur. L’orgue de Barbarie, c’est l’ancêtre de l’ordinateur, c’est un lecteur de programme, les premiers ordinateurs fonctionnaient aussi avec de s cartes perforées. On se sert donc de l’ordinateur pour rentrer les notes une par une pour se rendre compte un peu de ce que ça va donner et une foi squ’on est content, il nous ort un grand papier listing avec l’emplacement des pièces. Enfin je le colle sur un carton vierge et je passe tout ça dans un emporte-pièce à pédales. C’est comme une machine à coudre dans le sens de la longueur : je perce là où il y a les traits.  Sauf que l’ordinateur ne connaît pas toutes les subtilités de l’instrument donc jusqu’au dernier moment dès fois il met des notes trop rapprochées les unes des autres et il n’y a plus assez de matière. Car c’est une lecture à griffe : une griffe se soulève quand le trou passe et si le carton est trop fin, ça s’arrache. Donc il y a des figures musicales qui ne sont pas possibles à faire pour des histoires de résistance de carton. Et quand on perce le carton on choisit vraiment les longueurs de notes en fonction de ce qu’on a sous les yeux pour savoir si ça va  passer ou pas.

 

Mais il vous faut un siècle pour faire ça !

-(rires) Non heureusement, sinon je ne serais pas là ! Pour un carton compliqué, cela fait environ 1h30-2h de perçage pour une minute de musique, et ceci sans prendre en compte toute la partie arrangement et composition de la musique !

Il est maintenant déjà minuit : l’heure de rejoindre notre carrosse, direction le Faï ! Pour plus d’infos sur cet atypique instrument, consultez le tout nouveau website de l’artisan-musicien qui vient de recevoir par ailleurs la « manivelle d’or » pour son travail !

La reprise: contrefaçon ou création?

In Entre-vues on 25 juillet 2012 at 5:30

de la répétition du même à l’invention: la fractale

« Mimicry is an act of imagination »

Derek Walcott in « The Caribbean: culture or Mimicry »

« L’être et le boulot » , THE spectacle qui vous sera présenté ce samedi 28 juillet, réalisé par la résidence de musiciens au Faï pour une semaine est en bonne partie composé de reprises de chansons du patrimoine français.

Dans les esprits, le remake, la réécriture ou encore la reprise -pour le terme musical- n’ont jamais eu très bonne réputation. Souvent accusés de réduire l’œuvre initiale voire considérées antagonistes à la création (ce terme étant par son étymologie lié à l’idée de genèse, fondation, « chose première »), ce types de production n’a jamais été très bien vu. Mais reprendre une chanson (un texte, un film) empêche- t-il réellement ce geste de création ? En quoi donc la reprise peut-elle se faire originale ?

Afin d’éclaircir tout ceci, nous avons sauté aujourd’hui sur une proie toute choisie: Xavier Lacouture, directeur artistique du spectacle! Entrevue…

Pourquoi avoir choisi de faire des reprises pour ce spectacle ?

Ca c’est une idée de Philippe [Philippe Séranne, directeur du projet FestiFaï] qui voulait une expérience collective, autour d’un thème donné. Tout le monde n’a pas forcément dans son répertoire des chansons autour du thème choisi. L’idée est aussi de proposer des lectures marquées des chansons avec des artistes possédant eux aussi individuellement un univers marqué. Donc proposer de telles lectures, mais aussi des univers.

La reprise est donc un outil idéal pour ce type d’expérience?

C’est un bon outil, et ça permet aux gens de s’amuser avec du patrimoine, de réentendre des chansons connues. Mais les gens ne connaissent pas forcèment les chansons. Nous on les connaît parce qu’on est dedans. Mais pour certains ça n’évoque rien. « Les raisins dorés » par exemple, même chez nous il y avait des gens qui ne l’avaient jamais entendue. Ce qui est aussi intéressant dans le spectacle c’est que les gens ne sauront pas dès fois ce qui est repris et ce qui fait parti du répertoire des chanteurs.

Et faire une reprise, c’est complexe ?

Ah oui, c’est un boulot, c’est un travail. C’est une re-création. Une récréation aussi… Les chansons qui vont être présentées sont complètement retravaillées, elles « changent d’univers ».  [ayant assisté à une répétition, cela donne concrètement: l’écoute et la ré(ré)écoute de l’original, alterné avec l’interprétation nouvelle des musiciens, un va-et-vient entre l’original et la nouvelle version donc]

C’est vrai, parce qu’il faut garder l’esprit de la chanson…

 Non, en fait il faut chercher quelque chose qui amène la chanson un petit peu ailleurs. Les gens qui la connaissent vont l’entendre différemment, la redécouvrir et puis souvent on entend une chanson on fait « lalalalalalala » [fredonne] et puis après on oublie, on ne sait pas ce que ça raconte en fait. Par exemple  la chanson de Joe Dassin- Marie Jeanne [il commence à chanter]  reprise par bobby gentry, c’est une chanson que plein de gens connaissent,  et qui a été un tube. Mais les gens ne savent pas que ça raconte un infanticide, qu’elle tue son gamin et se suicide après. Mais quand tu le relis…

Et le public ne parvient pas à percevoir l’histoire ?

Cette chanson paraît anodine, elle a été un succès! Mais les gens ne percoivent pas l’histoire parce que c’est dit, mais comment c’est dit …donc après si tu changes la manière de la faire les gens diront « ah bon c’est ça »!

 

Comme quoi « repriser » c’est aussi du boulot!

Confection d’un parasol géant: ici aussi on reprise!