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L’interview 100% artificielle sur le naturel!

In Entre-vues on 14 juillet 2012 at 11:00

Marie Sophie Koulischer et PLUMe Land-art ne se sont pas rencontrés mais ont pu répondre tous deux aux mêmes questions…et nous montrer deux visions d’une pratique artistique qui ne sont pas si différentes l’une de l’autre…

 

Oeuvre d’Andy Goldsworthy, influence commune des deux artistes

Vous nommez votre pratique artistique par le terme « land-art » dont les mots désignent un lien de l’art à l’environnement. Comment se situe votre création vis-à-vis de cette définition? D’après les oeuvres présentées sur votre site, et ce que l’on connaît du mouvement, il semble que ce soit l’environnement naturel qui soit primordial dans cette création. En est-il de même pour vous, ou pensez-vous que vous pourriez créer dans un environnement urbain également?

MSDK : La Nature a toujours été pour moi un ressourcement, une façon de me trouver et me retrouver dans l’agitation autour de moi. Tout naturellement les éléments naturels de part le fait qu’ils étaient là bien avant l’Etre humain portent en eux le lien fort à travers les millénaires et les générations. Et donc créer dans la Nature est une connexion avec le Passé. Il y a aussi le côté éphémère de la vie présent en permanence…évidence contradictoire. Rien de plus naturel que de voir le temps passé sur la Nature (avec le cycle des saisons dans notre pays) et sur soi bien sûr ! Le côté naturel est essentiel pour accepter les transformations du temps.  Et pour accepter ces transformations le fait de les valoriser permet d’attirer l’attention sur des détails parfois invisibles mais qui sont l’essence même révélée.

Je pense que ce ne serait pas contradictoire de changer de contexte et de placer des installations dans un milieu urbain. Autant la symbiose avec la Nature ne fait pas de doute dans l’exposition in situ, autant le contexte urbain provoquerait un tel contraste qu’il apporterait un autre regard et certainement une autre compréhension du message via les éléments naturels installés. La question essentielle tourne toujours autour de la force de la Nature et la nature de l’Etre humain à vivre en harmonie avec Elle.

PLUMe : Tout d’abord sur l’appellation même de land art : je l’utilise car la majorité des gens associe le type de réalisation que je fais au land art. Je ne cherche pas l’exactitude terminologique. Le land art est historiquement constitué de grandes œuvres monumentales réalisées dans les immensités naturelles américaines. Pas de cela chez moi. Cependant demandez à une personne qu’elle qualifie ce que je fais. Elle vous dira que c’est du land art. Et si la majorité des gens disent de même, cela devient un fait : je fais du land art. Et peu importe ce qu’en dira un critique d’art ou un dictionnaire historique de l’art.

Pour ce qui est ensuite de créations en milieu urbain : je l’ai déjà fait et j’ai même été plus loin en créant des œuvres composées d’élément naturel en intérieur. C’est dans la continuité logique de mes travaux et c’est même une direction que je prends de plus en plus : faire entrer la nature dans nos cités.

 


– Comment vous est née cette envie de faire de la nature un art? (et est-ce réellement ceci, le land-art, votre propre pratique?)

MSDK : C’est en découvrant les œuvres d’Andy Goldsworthy que j’ai réalisé que je pouvais assembler les sensations intérieures entre l’impact de l’espace naturel sur moi et mon travail créatif. J’ai pu faire le lien entre les démarches d’autres artistes du mouvement land art et la mienne. La Nature, les éléments naturels sont pour moi les médiums, mes outils pour exprimer mes idées, sensations. Mais je me retrouve mieux dans le travail des artistes européens que dans celui des américains. Au Japon il n’y a pas vraiment de mouvement de ce type mais c’est dans leur culture et je dirai que peut-être je pencherai vers un univers plus global où ce regard sur la Nature fait partie de la vie de tous les jours.

La Nature est certainement très douée artistiquement ! C’est aussi pour cela qu’elle possède la qualité de ressourcement. Mais dans ma pratique artistique le végétal et l’humain sont en parallèle, je recherche l’âme, l’essentiel pour mieux entrer en relation, découvrir les multiples facettes cachées.

La récolte des matériaux au rythme des saisons apporte la richesse et le renouvellement à mon travail. Elle est le point de départ de toute recherche et réalisation avec pour intention : redonner vie, transformer pour voir autrement et mettre en valeur les détails de la forme, du mouvement de la couleur, jouer les contrastes, mélanger les techniques.

PLUMe : Mon envie est née de la vision du documentaire sur Andy Goldsworthy « Rivers and Tides ». Je me suis dit « c’est ce que je veux faire ». Une envie de sortir! D’éprouver le « grand dehors » pour moi qui suis très casanier et très citadin, la pratique de l’art dans la nature fut un prétexte pour sortir de mon train-train.

 

 

Le Land-art apparaît comme un mouvement né dans les années 1960, vous rattachez-vous à l’esthétique de celui-ci? Ou est-il plutôt simplement une influence? Existe t-il aujourd’hui une communauté (locale, nationale, internationale) de land-artistes?

MSDK : Actuellement le terme « Land art » est tellement utilisé que sa signification 1ère n’est plus valable, peut-être faudrait-il changer de mot. Depuis que le mouvement est né beaucoup d’artistes sont entrés dans ce mouvement et ont apporté de nouvelles idées. Je trouve que c’est plus devenu un nom commun et tout le monde sait  qu’il y a un lien entre l’art et la nature !

Oui j’ai été influencé par le travail des artistes européens et je pense que je ne peux pas vraiment me rattacher à l’esthétique,  de ce mouvement né en 1960. Le monde actuel n’est plus tout à fait comme à l’époque mais une chose est sûre c’est que le lien avec la Nature en tant que monde à protéger, à respecter est certainement une base dans mon travail. Je ne fais pour le moment pas partie d’une communauté de land-artistes.. Avant tout nous sommes artistes, plasticiens…et dans ce monde là aussi (comme en musique) il y a plein de genres et certains qui ne sont pas classifiés…mais qui peuvent de part les matériaux et les techniques utilisés, faire partie du mouvement Land Art ou Art et Nature.

PLUMe : Comme je le disais plus tôt, le seul lien est pour moi le fait de pratiquer en extérieur. Même si ma pratique évolue, elle vient bien de là. J’y ajouterais une notion très européenne qui est plus intimiste. Des artistes comme Goldsworthy ou Udo pratiquent à une échelle plus humaine que les artistes américains des années 60. C’est sans doute l’une de nos particularités.
Pour ce qui est de la communauté, j’aime bien cette idée car je milite pour. Plus que d’exposer mes travaux en mon nom propre, c’est la pratique de l’art dans la nature que je promeus. C’est pour cela que je n’utilise plus mon propre nom mais un pseudonyme. L’atelier PLUMe Land Art est un espace de création. On ne sait pas trop qui est derrière mais ce que l’on sait c’est que des créations y germent. Et si cela peut donner envie et bien tant mieux!

 


– Qu’aimeriez-vous que les « spectateurs » trouvent, gardent, perçoivent dans vos oeuvres?
MSDK : Au fil du temps j’ai appris à aiguiser mon regard et j’ai déniché tous ces petits éléments banals et parfois invisibles qui participent à l’équilibre de multiples éco-systèmes. La répétition du geste amène une immersion dans la création, dans son aspect méditatif. Et donc je souhaite que le spectateur entre dans ce monde transformé, imaginaire et voyage avec ces associations d’éléments, de couleurs proposées. Retrouver la part d’enfance, le regard émerveillé curieux qui fait que chaque jour est riche de nouvelles expériences et ainsi adoucit les côtés sombres et tumultueux qui nous accompagnent.

 

PLUMe : Juste l’envie de s’y mettre à leur tour. L’envie d’éprouver le « grand dehors ». Ce qu’ils pensent de mon travail en tant que tel n’a aucune importance.

 


quel rapport entretenez-vous avec le public? (y-at-il une dimension « interactive » dans vos oeuvres, tel qu’on le voit souvent dans la création contemporaine?)

MSDK : Parfois des créations n’ont pu voir le jour que parce qu’il y avait d’autres personnes présentes. Ce sont des moments magiques surtout réalisés avec des éléments fraîchement cueillis dont le côté éphémère est exacerbé.

Et l’autre part importante c’est que des créations sont réalisées avec des matériaux que des personnes ont ramassés spécialement en pensant à ce que je pourrais en faire ! Un lien est né, une relation aux autres passe aussi au travers de ce travail. C’est un incessant aller-retour de la Nature à moi  et des autres à moi, plein d’histoires et de rencontres.

PLUMe : Grande question. Je fais mon blog et mes créations avant tout afin de provoquer des réactions, du dialogue, des débats. Cela ne fonctionne pas toujours mais disons que l’art juste pour moi ne m’apporte rien. Je ne le conçois pas sans aller-retours. Non pas pour être vu, admiré, etc… juste pour échanger.


Merci à Marie-Sophie Donche Koulischer et PLUMe Land-Art qui ont bien voulu se plier à l’exercice fastidieux d’une interview silencieuse.

Préambule

In Entre-vues on 14 juillet 2012 at 10:54

« Toute rencontre

est l’accomplissement d’un éclair

la somme des hasards

la défaillances des probabilités

la preuve de l’exiguïté

de l’espace »

Alain Mabanckou