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Dans le corps de l’œuvre : décors, des corps. Encore !

In Entre-vues, La résidence day-by-day, Les sentiers de la création, Vers l'infini et l'eau-de-là on 19 juillet 2012 at 11:33

« L’art, c’est un truc d’intello » lance Mekkhi volontaire au Faï, apprenti soudeur s’exerçant sur une sculpture landart, et dont le rêve est plutôt de devenir conducteur de trains!

L’art, une affaire de cerveau ? Quelle place prend donc le reste du corps dans la création ? A l’image de nos artistes qui sont allés tâter la scène pour la première fois de la semaine, nous sommes de notre côté rentrés dans le lard de l’art !

LA SCULPTURE : TROUVER LE CORPS DANS L’ART, PREMIERE ETAPE

Je commence la journée par un petit tour du côté de la statue d’Idriss. Après l’avoir prise en photo, deux randonneurs arrivent en chemin : ils s’arrêtent pour photographier eux aussi sa femme de torchis pendant que l’auteur de l’œuvre leur explique le projet du FestiFaï : « Pour le festival on monte une balade qui part du Saix, le village un peu plus-bas, pour arriver au Faï. Il y a aussi des vrais artistes qui sont là pour faire des sculptures tout le long du chemin. »

Des « vrais » artistes ?  Pourtant, sous ses habits de volontaire Idriss ne semble pas si éloigné de cette qualification…

ceci est une photo à but purement artistique (modèle de muscle pour bras de statue requis sisi!)

Idriss peint. Peut-être un peu moins maintenant qu’il a abandonné l’idée d’une carrière artistique pour des études de médecine, mais quand même, il peint. « Je voulais faire les arts-déco, mais on m’a dit que je foncerai droit dans l’mur ».

« Elle a du chien » by Idriss

La peinture « ça me vide la tête, je ne pense plus à rien et je suis focalisé sur ce que je fais. C’est ça qui est bien avec l’art. »

CORPS-A-CORPS

La conversation va et vient au gré de divers sujets qui s’infiltrent subrepticement dans mes questions sur sa pratique artistique : études, politique, science-fiction, chantiers solidaires, mangas, cinéma, différences de sexe… Il dit ne « rien comprendre à la politique » et ne « s’y intéresser vraiment qu’en périodes d’élections », mais fan de dystopia et autres problématiques de la SF (pas si étrangères aux questions politiques !), il a lu quasiment tout Barjavel et me remet en mémoire en quelques minutes le synopsis du roman d’Aldous Huxley, Pour le meilleur des mondes. Le cinéma, il « aime vraiment ». Quel genre de films ?, je lui demande. « Les films qui me font rêver. S’il me fait rêver, c’est qu’il m’a touché. ». Puis il me parle de sa peinture qu’il m’a montré la veille sur facebook, celle de la femme aux dimensions élastiques : « L’originale est mieux. J’ai rajouté le cadre après. Je me suis aperçu ensuite que tout ce qui sortait du cadre était déformé, j’ai commencé à y penser après. »

Rebondissant sur la « pensée » j’en profite pour poursuivre mon exploration sur la part de neurones dans l’œuvre d’art : « Et est-ce qu’il y a un sens à tes peintures, est-ce que tu cherches à représenter quelque chose, une idée, un symbole ? »  C’est là qu’il me répond que la peinture lui permet surtout de ne pas penser : « non, je ne cherche pas de sens. Bien sûr, il peut y avoir une idée principale, mais je ne cherche pas à imposer un sens à l’œuvre. Les gens peuvent y trouver ce qu’ils y veulent, l’interpréter de la manière qui leur plaît. ». Il m’expliquera dans la soirée ce que représente pour lui sa peinture: « tout ce qu’il y a à l’intérieur du cadre, c’est le réel, les yeux tournés vers l’avenir. En dehors du cadre, c’est le monde des possibles, tout ce qu’elle pourrait faire mais qu’elle ne peut pas, enfermée par le cadre. »

Il continue à me parler de la réalisation de cette même peinture (et d’autres): « Je passe des heures à la regarder. C’est comme si je voulais mieux la connaître. Quand tu fais, tu n’admires pas ce que tu fais. C’est important de prendre le temps de la regarder. C’est comme quand tu rencontres quelqu’un. » Et puis : « J’ai fait une peinture du style pop-art, une blonde à l’air ébahi, énorme: 2x2m et en tout en petits points, j’ai mis des semaines à la finir ! »

Des femmes, encore des femmes… ! « Je n’y ai jamais pensé, me dit-il lorsque je lui pose la question au sujet de cet objet de prédilection. « Je fais souvent des choses en opposition, des figures féminines mais qui dégagent de la force à la fois [sa sculpture est en effet un mélange de féminité, à la fois en formes et en minceur, tout en muscles sous le poids de l’effort]. Je ne sais pas, la femme m’inspire plus de beauté que l’homme, elle est plus sensuelle je pense…Evidemment, j’ai un regard masculin. Peut-être que si j’étais une femme, je préfèrerais prendre l’homme pour sujet. »

Ayant les éléments nécessaires à mon enquête, je le laisse terminer le bras de sa sculpture (un membre par jour), qui apparemment lui résiste un peu !

DEUXIEME STEP : ENTRE-DANSE ET MAITRISE DU SOUFFLE

Des corps allongés sur des édredons. Souffles lents et réguliers… C’est l’heure de la sieste. Oui, mais pas pour tout le monde : les artistes du cabaret ne se prélassent pas dans les bras de Morphée, ils sont en plein exercice de respiration.

sans les sons de vach-èvres qui accompagnaient l’exercice, dommage!

« Il y a un certain nombre de choses que l’on fait mais on ne sait pas comment. Je les fais travailler le souffle mais pas seulement à ce niveau [il montre le ventre] : la respiration ça va de là [les hanches] à là [en-dessous du menton]. Ça leur permet de bien la comprendre et d’avoir des repères. »

En effet, c’est un exercice qui semble explorer toutes les possibilités du corps…

« When you laugh, it was very good with your voice, you have to find the same energy. » Patrick

Dès que le soleil est moins fort, ceux-ci s’en vont faire les premières répét’ sur la scène, comme l’ont fait avant eux ce matin les groupe scénographie qui a défilé en costumes : le spectacle prend corps !

 

RECHERCHE DE L’HARMONIE: DES-ACCORDS

Enfin, je croise Marie, volontaire à long-terme au Faï que nous avons déjà croisée dans les cuisines auparavant. Elle confectionne un panier de branchages géant pour la balade Land-art.  Mais cette fois c’est de musique qu’il s’agit : lorsqu’elle n’est pas sur le chantier,  Marie est violoniste depuis ses 4 ans (18ans donc) et étudie la direction d’orchestre.

Marie en violon solo à 18ans

Je lui pose directement la question : « Is your music practice more about feeling or thinking ? », “First feeling, then it starts to turn thinking. It’s very hard to say.” Comme quoi, ça se confirme: les neurones ne font pas tout dans l’oeuvre d’art.

La preuve en mots. Lorsque je lui demande pour quelles raisons elle a débuté le chant (ah oui, parce qu’elle chante également !), celle-ci me répond : « it started with this problem in my shoulder, I couldn’t play violin and it was so painful, I wanted to express myself, somehow I just started to sing and then I found this choir.”

Chez les artistes comme chez les sportifs finalement, quand le corps ne va plus, le reste non plus… Alors, que un truc d’intello, l’art ?!

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  1. […] les divers propos recueillis au cours de cette journée, me donne l’occasion de revenir sur notre article quotidien dans lequel le mot « art » revient bien souvent : qu’est-ce que l’art ? qui est artiste […]

  2. […] et école de kiné, a participé avec d’autres volontaires internationaux pendant le FestiFaï 2012 à la création de statues de torchis guidée par Jérôme Piguet, et installées le long du chemin […]

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