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Archive for the ‘La résidence day-by-day’ Category

éloge de la pause ou la nécessité de ne rien faire : travailler moins pour créer plus

In Entre-vues, La résidence day-by-day, Les sentiers de la création on 18 juillet 2012 at 10:24

Emulation, répétition, précision: les ions de la création. Voici précipités en ces lignes impressions journalières (day 3) auxquelles se surimprime touday notre habituelle dissection de la création.

Troisième jour déjà, et toujours plus de chansons à enregistrer, de sculptures à photographier, de conversations à écouter…. Profusion de petits fragments de créations disséminés un peu partout, live music everywhere (« it’s a pretty motivating place to play » Maruti)… : il serait temps que l’on mette un peu de colle à tout ça, je ne sais plus où donner de la tête et des mains, moi ! I think I need a break…

PUISER DANS LA PAUSE

Je décide finalement de rendre visite ce matin au groupe du Gruntdtvig-scénographie. Ceux-ci, silencieux et concentrés sur leurs pinceaux, sont en atelier peinture by the river où Marie Sophie Koulischer patauge dans un anglais qui ne coule pas de source lui ! « In 15mn you have to finish what you begin euh begun no began, oh I mix all the times, preterit, present…anyway there’s no time anymore here ! ». C’est vrai que le bruit de l’eau de la rivière qui coule en continu semble avoir remplacé toute notion de temps…

 3 DAYS OFF by Danius

“Je me suis souvenu que j’avais de l’eau et je l’ai bue lentement pour faire durer le paysage.”

 Arno Bertina, Je suis une aventure

Let’s breath then !

Autre pause et petite ellipse : dès la fin du repas, artistes comme volontaires ou salariés en réinsertion sont déjà à l’œuvre, alors que nous commençons à peine notre café. Profitant de ce temps libre pour pêcher des sources d’inspiration: dans des livres, internet (eh oui le wi-fi arrive jusqu’ici !), dans la pratique de leurs ébauches artistiques, ou encore dans leur lit pour certains; la pause entre les temps de travail est le moment où chansons, mots, idées se libèrent, et envahissent l’ombre des arbres et des bâtiments. Partout où je vais, des guitares chantent, des cordes vocales grattent, des mains et des langues s’agitent.

Autour du café, ce sont les mots qui sont à l’honneur. Patrick raconte de quelle manière il est en est venu, de la musique à la pratique théâtrale. Il évoque sa compagnie et la résidence d’artistes qu’il a mis en place en Haute-Normandie où il vit d’ordinaire, qui met en scène des poèmes « pour offrir un panorama, une autre perspective du texte ». Aragon, Prévert, Queneau, Villon et d’autres encore défilent sous sa langue… De l’autre côté, contaminée par l’atmosphère poétique inoculée par Patrick, Maya, traductrice franco-géorgienne, m’explique comment ses cernes concentrent tous ses états d’âmes et physiques de manière plutôt originale : « La vie est sur le contour des yeux », joli non?

Epuisée par la profusion artistique qui règne pendant la pause, je m’en vais m’octroyer une brève sieste bien méritée, pendant que les autres se remettent à bosser…

TROUVER UN RYTHME : ENTRE ACCENTS ET BAILLEMENTS, RIRES ET SOUPIRS

« The sewing machine has given up, so we have to wait. » Lisa, listening Marie playing violin and waiting to sew a costume.

L’après-midi, je rejoins l’autre versant du Grundtvig qui semble se frotter à quelques difficultés… « Il faut que tu trouves l’équilibre entre paresse et chant. Il faut utiliser tout ton souffle dans le chant, sinon c’est mortel. Faut pas faire d’efforts » lance Patrick à Anthelme, en lui chantant le tango corse pour mieux lui expliquer la manière dont il doit lui-même interpréter sa chanson. Anthelme s’execute docilement : « Je mène une vie tranquille, ne fais rien de mes dix doigts. » Après une bonne demi-heure ponctuée de « again » et « encore une fois », entre éclats de rires et soupirs causés par maladresses ou trouvailles, les cabaretistes partent en pause de 5mn (et oui, encore !).

Dans l’incapacité de bouger de mon fauteuil fort confortable, j’assiste à la discussion de Patrick et Philippe qui discutent de la direction à prendre pour la suite du « Cabaret ».

Tentative de reconstitution de leur dialogue:

Patrick : Il y a une part de jeu mais je ne sais pas jusqu’où je vais les emmener, ça fait parti de l’expérience.

Philippe : Là, du coup, tu joues sur les fils théâtraux, mais peut-être qu’il faudrait pousser les fils musicaux…Faudrait les voir dégrossis. Il y a plein de petits projets à faire aboutir en parallèle. Donner 48h à tout le monde pour vraiment dégrossir, ça serait l’idéal.

Patrick : Oui, ils vont avoir une heure ensuite pour répéter par groupes. Il faut donner du temps.

Philippe : Mais le problème, c’est qu’il faut aussi décider le plus en amont possible de ce qu’on garde et de ce qu’on ne garde pas.

Patrick : Pour l’instant j’essaye aussi d’avoir le plus de matériel possible et à partir de ces matériaux, tu peux les emmener dans la direction que tu veux, on peut par exemple prendre la perspective d’un cabaret absurde.

Philippe : Mais il y a aussi une première étape de pure mise en place musicale. Il faut absolument prendre un parti pris de composition d’équipe.

Patrick : Oui, enfin il faut aussi voir le plus urgent, hiérarchiser. Il faudrait d’abord définir les groupes, que les numéros deviennent des vrais numéros, après ça murira.

Philippe : Oui, il faut faire une couche de fondation, puis sur cette base-là, la semaine prochaine, on enrichit. Il faut qu’on sache de quels numéros on dispose. On a besoin de transformer notre liste d’hypothèses en certitudes !

Quelques problèmes à résoudre donc, mais pas de panique ! «  Les personnages commencent à s’exacerber, c’est intéressant » fait remarquer Philippe, il faut juste qu’ils ne perdent pas le thème de vue, et surtout  qu’ils « trouvent un rythme ». Je ne me fais pas trop de soucis pour eux en voyant comme les problèmes sont assez vite résolus : Oana qui perd l’équilibre du souffle entre chant et danse , se voie bientôt aidée, accompagnée des silences musicaux des autres artistes.

“I have to wait for the branches to soften” Marie making other elements for her artwork while waiting for continuing her big basket.

Et si après cet article vous n’êtes encore pas convaincu de l’utilité de la pause, voici des preuves hautement scientifiques que le silence, la respiration, le « rien » est nécessaire à notre vie d’être humain:

–          « Imagination et invention » de Gilbert Simondon et Bergson sur  l’imagination = nécessité de « l’intervalle » dans l’imagination

–          Tempo des possibles (espaces de la fiction programmatique) de Grégory Chatonsky p.7 = nécessité du « silence » dans la littérature

–          L’avenir des Humanités. Economie de la connaissance ou cultures de l’interprétation? d’Yves Citton = nécessité de la pause dans notre vie quotidienne

Nous on bulle en musique! plop!

DAY 2- Enfin au complet!

In La résidence day-by-day on 17 juillet 2012 at 11:45

Comme les retardataires ont toujours torts (d’après le stupide proverbe), « l’édition » de ce mardi 17 juillet sera consacrée au dernier venu en cette joyeuse résidence du Faï, j’ai nommé ANTHELME MILLON! S’il voulait rester discret…eh bien, c’est raté!

Que vient-il faire ici? A vrai dire, la légende le précède: En passage au Faï l’année dernière, il se retrouva coincé – que dis-je, acculé!- pour cause de voiture inutilisable (remercions également le Tour de France qui a empêché l’apport des pièces requises à la réparation) pendant une semaine entière. Laquelle, ô coîncidence, se trouvait être en plein dans le FestiFaï!Touché en plein coeur par ce dernier, il s’est vu dans l’obligation de participer à l’édition 2012 (comme quoi l’inutilité peut devenir hautement utile).

Anthelme Millon donc, membre du Grundtvig-côté scène, chante et crée des chansons à ses heures perdues (tel que maintenant, 23h25, en recherche ardue d’accords (et de désaccords?)) dans lesquelles clowns dépressifs et ours nostalgiques côtoient des chapeaux-dictionnaires étymologiques et autres personnages insolites.

Requinqué par une nuit à la belle, l’homme et sa guitare nous ont présentés ce mardi après-midi, un morceau de leur répertoire. Voici donc Anthelme, défiant la gravité de ses mots et ses 6 cordes :

(je viens de trouver l’outil me permettant de  rétablir l’inclinaison..j’hésite..)

Après dîner, les revoilà expérimentant leur thème « le travail, entre compétitivité et rêves »  nous offrant un battle de chansons entre mots perso et mots d’auteurs (ainsi que petits, moyens et même gros mots):

 

 

Puis vient l’heure de « bailler et dormir » (ici se cache une des références d’A.M.) … baillez-bien et à demain!

Day 1: Arrivée en terre inconnue

In La résidence day-by-day on 16 juillet 2012 at 11:59

Bienvenue au Faï!

la route du Faï

Après deux sympathiques heures dans un train-suppositoire nous menant à la gare de Veynes, nous commençons l’ascension mon chauffeur (Philippe Séranne, chef du projet), Patrick Vershuaren (metteur en scène du Cabaret), Maya (sa compagne), et moi-même. Au bout de quelques kilomètres, la route se fait irrémédiablement abrupte et la voiture menaçant de repartir en sens inverse avec tout son contenu (nous donc) est obligée de se délester de ses passagers. Nous finissons la route à pieds, sous le soleil qui semble depuis ce début de mois de juillet avoir déserté la France (sauf les Hautes-Alpes of course !) mais surtout sous le regard d’étranges êtres qui nous fixent le long de notre ascension…

un regard troublant nous fixe…

un tracteur féroce

Une autre drôle de bête

Une route plus qu’abrupte et peuplée d’étranges êtres… Un vent du Nord qui hérisse nos poils de galinacés…Des objets dignes du meilleur film de science-fiction… Enfin des idiomes inconnus fusant d’un peu partout. Malgré le soleil, le lieu est déconcertant!

Bref, me voici arrivée au lieu de préparation du festival – ze place to be- et catapultée dans un chaos à multiples têtes : entre volontaires à court terme, chanteurs, peintres, volontaires à long terme, sculpteurs, danseurs… de Lituanie, Allemagne, Espagne, Roumanie ou tout bêtement de France, si vous pensiez le Faï entre ses montagnes serait une tranquille retraite dans un coin de nature éloigné de la civilisation, détrompez-vous ! La civilisation est bien là mais dans ses meilleurs aspects : mélange de cultures et de langues surtout, fusent d’un peu partout.

Mais l’étrange reste au rendez-vous pour la soirée ( « Its so cold and there’s not even a door on my room », s’exclame un des participants, l’air déconcerté!): après un repas concocté par certains des volontaires, Luc, coordinateur des groupes accueillis au Faï,  nous gratifie d’une petite visite des lieux dont le clou du spectacle réside en un objet qui fait l’unicité du lieu: une trompe en béton, gigantesque cône évasé créant des sons improbables par répercussion sur la surface rocheuse de la  montagne se dressant face à elle.

La trompe « basse » at night

Sur ce mystérieux objet, nous gagnons nos chambres et les bras de Morphée…

…afin d’attaquer sur le pied de guerre ce lundi 16 juillet! Le soleil toujours au rendez-vous et bien installé (les Hautes-Alpes, on vous dit!), la journée commence par une réunion d’introduction: présentation de la semaine et des différents groupes, esprit de travail du groupe, explication du fil conducteur de la création.

La semaine?  chargée pour le Grundtvig séparé en un groupe scénographie (land-art, décor) mené par Marie-Sophie Koulischer et un groupe scène (danse, musique, théâtre) mené par Patrick Verschueren, un peu plus tranquille pour les volontaires (land-art mais aussi vie quotidienne) qui ont débuté leurs créations depuis deux semaines déjà dans le cadre de leur chantier.

L’esprit? un travail de groupe

Le fil conducteur? « L’hêtre et le boulot », un jeu de mots qui donnera un peu de fil à retordre dans la traduction français-anglais! Et sous ce « pun », la notion de travail à l’honneur entre compétitivité et rêves individuels.

Mais surtout, UN CHALLENGE: faire jaillir des idées de ce melting-pot, oui mais comment ? (pour plus d’infos croustillantes sur ce sujet, allez jeter un coup d’œil au prochain article!)

Pour suivre la journée en images

LE 16 JUILLET  PAR L’ANECDOTE

des mots:  « Si tu vois un canard blanc sur un lac, c’est un signe! » Patrick Verschueren qui, détient aussi des blagues suisses dans son répertoire!

une mélodie: le son de l’eau fuyant d’une conduite accompagné de Ruta au piano

un mets: les loukoums venus tout droit de Turquie avec Duygu

une « rencontre« :

sur le chemin entre le Faï et le Saix (merci à Maya pour la photo)

LES IMPRESSIONS DE CE PREMIER JOUR EN UN MOT (OU PLUS):

intensive (Mikael, Gruntvig scène)

green : the view of the trees, and lemon: « because we were squeezed like lemons » and also » from the song, a love story between oranges and lemons »: je laisse le soin à votre imagination détablir lui-même l’analogie entre cette histoire d’amour mélodique et ce premier jour de travail collectif au Faï! (Maruti, Grundtvig scène)

great (Victoria, volunteer-landart)

nice, and too much, too many speakers, languages (Gruntvig, scénographie)

génial, social, ils font tous l’effort de communiquer (groupe de volontaires)

creative, interesting, made me feel better (the cold and doorless participant, Grundtvig scène)

good (Marketa, Grundtvig scénographie)

weird…and fun (David, Grundtvig scénographie)

special (Nora, voluntaire)

Time to do weird and special dreams to be ready for a new creative and great day:

A demain!