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Archive for the ‘Les sentiers de la création’ Category

Day 5: Petit or not petit ? L’étrange cas du Dr Patrick Verschueren

In La résidence day-by-day, Les sentiers de la création on 21 juillet 2012 at 12:31

« SI TU LES JOUES PETIT, C’EST TRÈS DRÔLE!»

 «NO, IT’S NOT CLEAR. IT’S TOO SMALL. »  (Patrick à Michael)

Sous une apparence des plus normales, il semblerait que notre metteur en scène dissimule une personnalité des plus inquiétantes, oscillant entre deux visages…Enquête inédite sur le Barbe-bleu du Faï!

[authentique : Patrick s’est lui-même nommé de la sorte, un jour ou de pauvres volontaires sans défense traversaient inopinément sa salle de travail pour s’en aller quérir quelques menues victuailles dans la réserve afin de nous préparer notre nourriture de ce jour. D’un rire goguenard, il referma la porte sur eux se qualifiant de « Barbe-Bleue »… L’humour cacherait-il sa vraie nature ? suspens..]

 

La poire. Et Michael.( tout de même!)

 

Michael, la victime du jour, ne sait plus sur quel pied danser : petit or not petit ? des mots ou du geste ? Il a choisi pour le Cabaret de conter un poème allemand du XIXème siècle : une histoire de poire d’après ce que j’en entends : «  la poire est précieuse, c’est comme un petit animal », « y’a que la poire qui a le droit de faire plus, elle a le droit de cabotiner », «  c’est la poire qui est importante ».  Eh ben ça promet ce cabaret ! Je vous annonce que vous allez pouvoir assister à un spectacle des plus frais et fruités..

C’est le dernier jour de boulot intensif  de la semaine pour les êtres du Faï. N’étant présente que durant la matinée, j’ai donc choisi d’attraper au vol Patrick qui, à force d’apartés, ne m’a toujours pas éclairé sur une de mes questions : ses digressions seraient-elles un moyen d’éluder la vérité ? Bref, je me retrouve prise au piège au cœur d’une de ses séances de torture : aujourd’hui, plus de « workshops » en groupe entier mais un travail individuel. Chaque numéro est passé au peigne fin afin de le développer et le préciser, le rendre concret, visuel pour signifier sans simplifier ni exagérer. Entre échanges sur le « langage de l’art » et la mise en œuvre sous mes yeux de sa vision de la pratique scénique, l’éternelle balance entre corps et esprit, langage et geste ressurgit.

Ze maestro au boulot (dans un fauteuil)

Pour lui, le théâtre possède une force supérieure aux autres arts du spectacle tels que la danse ou la musique : la parole. « On n’a jamais interdit la danse pendant la dictature. » Par contre le théâtre…La parole est moins équivoque que la danse ou la musique : elle manifeste un sens précis et ne laisse qu’une moindre place à la libre interprétation. D’où son efficacité et sa dangerosité.  Le corps n’est donc pas l’unique matière à travailler dans le spectacle.

Dans la vie, « on ne peut pas faire l’économie de la parole ».  Sans elle, il n’y aurait que surface, apparence, pas de réelle profondeur et compréhension.  Il y aura donc des MOTS dans ce Cabaret !

«  il y a un côté conteur, de celui qui aime les mots, celui qui aime le langage. «  « essaye de penser que chaque mot est merveilleux. »

Cependant les mots que conte Michael sont en allemand et ce pour un public à 95% francophone. (Bizarrement, je vous sens de plus en plus réticent au fait d’assister à ce Cabaret qui nous déclame des histoires de poire, et demande à chaque spectateur de se munir d’un dictionnaire bilingue franco-allemand !) Pas d’inquiétudes cependant, le défi de ce numéro est justement de parvenir à faire comprendre le poème sans passer par le langage.

 

« Transmettre des images. […] [P]lutôt des images que des mots. Plutôt de fortes images que du verbe inutile. »

Antoine Volodine

Toute la difficulté consiste en ce qu’il faut signifier sans simplifier, ni exagérer : signifier en jouant juste. Bon, très bien, mais comment fait-on concrètement ?

Le poème est partagé en « attitudes » (4/5) où le geste précède le dire : « il faut toujours penser au mouvement d’abord. », « je dis où je vais, c’est très simple…il faut montrer avant de dire. »

La simplicité est le mot d’ordre : « pas trop de renseignements », « le geste seulement : il est très clair », « moi je trouverais ça drôle que tu t’allonges. C’est très simple et puis c’est très beau. ».

Simplicité mais non simplification : « prends les idées un peu basiques et développe-les ensuite ».

C’est la direction suivante que semble devoir prendre la création du spectacle. Le maestro de la scène conteste en effet ma remarque enthousiaste à propos du spectacle qui me semble à moi très avancé :  « ah non là c’est pas construit du tout, là on a du matériel mais c’est pas du tout construit. C’est encore abstrait. C’est juste qu’il faut développer, préciser (…), travailler les contrastes. (…) Le visuel est très important. »

En effet, le corps revient au galop sur la scène, non contr-attaquant la parole mais venant à son aide: « montre-moi toutes les images, tactactac, il ne faut pas réfléchir. » Duo à trois donc : le corps manifestant la parole mais sans l’intermédiaire des neurones : cela semble demeurer complexe à concevoir pour notre esprit cartésien qui  affectionne particulièrement une appréhension du réel par la dichotomie (corps/esprit, réel/illusion, langage/geste, etc.).

« il faut que tu penses comme un acteur avec ton corps pas avec l’intellect, les idées viendront après » « fais les choses, ne te mets pas dans la position du spectateur »

Finalement  Mr Hyde réapparaît sournoisement par-dessous Dr Jekyll, sous couvert de l’anglais : « joue le, je veux le voir, I want to see that, do it. »

Inquiétant, ce cabaret… !

 

 ********

Je quitte enfin l’équivoque pénombre de ces lieux, pour me réfugier côté soleil où des land-artistes aidés de volontaires préparent eux-aussi le visuel du Cabaret. Ici, on confectionne des fleurs à semer sur la scène. Là, s’échappent de bucoliques coups de marteaux et le doux tapage mélancolique d’une perceuse nécessaires à la réalisation de la scène flottante de ce dimanche prochain (espérons que les monstres des profondeurs marines du plan d’eau de Veynes se laisseront amadouer par la harpe de Babel Büech Madam et ne transformerons pas l’embarcation en radeau médusien !). Le groupe du Grundtvig Land-art s’est également divisé selon les projets d’œuvres définis et travaillent en autonomie, dispersés sur le site de leur création se mêlant aux œuvres du groupe de Jérôme.

Marketa du Grundtvig et Prescillia, volontaire tout droit venue de Mâcon-city pour apprécier la flore du Faï

Fleurs de scènes

Prescillia, fleuriste du FestiFaï

Laura, discrète mais efficace

après les jambes, les bras..

 

 

Un calme effervescent règne donc sur les lieux que je me dois malheureusement de quitter cette après-midi pour une excursion vers Veynes-city…La suite au prochain épisode donc !

Dans le corps de l’œuvre : décors, des corps. Encore !

In Entre-vues, La résidence day-by-day, Les sentiers de la création, Vers l'infini et l'eau-de-là on 19 juillet 2012 at 11:33

« L’art, c’est un truc d’intello » lance Mekkhi volontaire au Faï, apprenti soudeur s’exerçant sur une sculpture landart, et dont le rêve est plutôt de devenir conducteur de trains!

L’art, une affaire de cerveau ? Quelle place prend donc le reste du corps dans la création ? A l’image de nos artistes qui sont allés tâter la scène pour la première fois de la semaine, nous sommes de notre côté rentrés dans le lard de l’art !

LA SCULPTURE : TROUVER LE CORPS DANS L’ART, PREMIERE ETAPE

Je commence la journée par un petit tour du côté de la statue d’Idriss. Après l’avoir prise en photo, deux randonneurs arrivent en chemin : ils s’arrêtent pour photographier eux aussi sa femme de torchis pendant que l’auteur de l’œuvre leur explique le projet du FestiFaï : « Pour le festival on monte une balade qui part du Saix, le village un peu plus-bas, pour arriver au Faï. Il y a aussi des vrais artistes qui sont là pour faire des sculptures tout le long du chemin. »

Des « vrais » artistes ?  Pourtant, sous ses habits de volontaire Idriss ne semble pas si éloigné de cette qualification…

ceci est une photo à but purement artistique (modèle de muscle pour bras de statue requis sisi!)

Idriss peint. Peut-être un peu moins maintenant qu’il a abandonné l’idée d’une carrière artistique pour des études de médecine, mais quand même, il peint. « Je voulais faire les arts-déco, mais on m’a dit que je foncerai droit dans l’mur ».

« Elle a du chien » by Idriss

La peinture « ça me vide la tête, je ne pense plus à rien et je suis focalisé sur ce que je fais. C’est ça qui est bien avec l’art. »

CORPS-A-CORPS

La conversation va et vient au gré de divers sujets qui s’infiltrent subrepticement dans mes questions sur sa pratique artistique : études, politique, science-fiction, chantiers solidaires, mangas, cinéma, différences de sexe… Il dit ne « rien comprendre à la politique » et ne « s’y intéresser vraiment qu’en périodes d’élections », mais fan de dystopia et autres problématiques de la SF (pas si étrangères aux questions politiques !), il a lu quasiment tout Barjavel et me remet en mémoire en quelques minutes le synopsis du roman d’Aldous Huxley, Pour le meilleur des mondes. Le cinéma, il « aime vraiment ». Quel genre de films ?, je lui demande. « Les films qui me font rêver. S’il me fait rêver, c’est qu’il m’a touché. ». Puis il me parle de sa peinture qu’il m’a montré la veille sur facebook, celle de la femme aux dimensions élastiques : « L’originale est mieux. J’ai rajouté le cadre après. Je me suis aperçu ensuite que tout ce qui sortait du cadre était déformé, j’ai commencé à y penser après. »

Rebondissant sur la « pensée » j’en profite pour poursuivre mon exploration sur la part de neurones dans l’œuvre d’art : « Et est-ce qu’il y a un sens à tes peintures, est-ce que tu cherches à représenter quelque chose, une idée, un symbole ? »  C’est là qu’il me répond que la peinture lui permet surtout de ne pas penser : « non, je ne cherche pas de sens. Bien sûr, il peut y avoir une idée principale, mais je ne cherche pas à imposer un sens à l’œuvre. Les gens peuvent y trouver ce qu’ils y veulent, l’interpréter de la manière qui leur plaît. ». Il m’expliquera dans la soirée ce que représente pour lui sa peinture: « tout ce qu’il y a à l’intérieur du cadre, c’est le réel, les yeux tournés vers l’avenir. En dehors du cadre, c’est le monde des possibles, tout ce qu’elle pourrait faire mais qu’elle ne peut pas, enfermée par le cadre. »

Il continue à me parler de la réalisation de cette même peinture (et d’autres): « Je passe des heures à la regarder. C’est comme si je voulais mieux la connaître. Quand tu fais, tu n’admires pas ce que tu fais. C’est important de prendre le temps de la regarder. C’est comme quand tu rencontres quelqu’un. » Et puis : « J’ai fait une peinture du style pop-art, une blonde à l’air ébahi, énorme: 2x2m et en tout en petits points, j’ai mis des semaines à la finir ! »

Des femmes, encore des femmes… ! « Je n’y ai jamais pensé, me dit-il lorsque je lui pose la question au sujet de cet objet de prédilection. « Je fais souvent des choses en opposition, des figures féminines mais qui dégagent de la force à la fois [sa sculpture est en effet un mélange de féminité, à la fois en formes et en minceur, tout en muscles sous le poids de l’effort]. Je ne sais pas, la femme m’inspire plus de beauté que l’homme, elle est plus sensuelle je pense…Evidemment, j’ai un regard masculin. Peut-être que si j’étais une femme, je préfèrerais prendre l’homme pour sujet. »

Ayant les éléments nécessaires à mon enquête, je le laisse terminer le bras de sa sculpture (un membre par jour), qui apparemment lui résiste un peu !

DEUXIEME STEP : ENTRE-DANSE ET MAITRISE DU SOUFFLE

Des corps allongés sur des édredons. Souffles lents et réguliers… C’est l’heure de la sieste. Oui, mais pas pour tout le monde : les artistes du cabaret ne se prélassent pas dans les bras de Morphée, ils sont en plein exercice de respiration.

sans les sons de vach-èvres qui accompagnaient l’exercice, dommage!

« Il y a un certain nombre de choses que l’on fait mais on ne sait pas comment. Je les fais travailler le souffle mais pas seulement à ce niveau [il montre le ventre] : la respiration ça va de là [les hanches] à là [en-dessous du menton]. Ça leur permet de bien la comprendre et d’avoir des repères. »

En effet, c’est un exercice qui semble explorer toutes les possibilités du corps…

« When you laugh, it was very good with your voice, you have to find the same energy. » Patrick

Dès que le soleil est moins fort, ceux-ci s’en vont faire les premières répét’ sur la scène, comme l’ont fait avant eux ce matin les groupe scénographie qui a défilé en costumes : le spectacle prend corps !

 

RECHERCHE DE L’HARMONIE: DES-ACCORDS

Enfin, je croise Marie, volontaire à long-terme au Faï que nous avons déjà croisée dans les cuisines auparavant. Elle confectionne un panier de branchages géant pour la balade Land-art.  Mais cette fois c’est de musique qu’il s’agit : lorsqu’elle n’est pas sur le chantier,  Marie est violoniste depuis ses 4 ans (18ans donc) et étudie la direction d’orchestre.

Marie en violon solo à 18ans

Je lui pose directement la question : « Is your music practice more about feeling or thinking ? », “First feeling, then it starts to turn thinking. It’s very hard to say.” Comme quoi, ça se confirme: les neurones ne font pas tout dans l’oeuvre d’art.

La preuve en mots. Lorsque je lui demande pour quelles raisons elle a débuté le chant (ah oui, parce qu’elle chante également !), celle-ci me répond : « it started with this problem in my shoulder, I couldn’t play violin and it was so painful, I wanted to express myself, somehow I just started to sing and then I found this choir.”

Chez les artistes comme chez les sportifs finalement, quand le corps ne va plus, le reste non plus… Alors, que un truc d’intello, l’art ?!

éloge de la pause ou la nécessité de ne rien faire : travailler moins pour créer plus

In Entre-vues, La résidence day-by-day, Les sentiers de la création on 18 juillet 2012 at 10:24

Emulation, répétition, précision: les ions de la création. Voici précipités en ces lignes impressions journalières (day 3) auxquelles se surimprime touday notre habituelle dissection de la création.

Troisième jour déjà, et toujours plus de chansons à enregistrer, de sculptures à photographier, de conversations à écouter…. Profusion de petits fragments de créations disséminés un peu partout, live music everywhere (« it’s a pretty motivating place to play » Maruti)… : il serait temps que l’on mette un peu de colle à tout ça, je ne sais plus où donner de la tête et des mains, moi ! I think I need a break…

PUISER DANS LA PAUSE

Je décide finalement de rendre visite ce matin au groupe du Gruntdtvig-scénographie. Ceux-ci, silencieux et concentrés sur leurs pinceaux, sont en atelier peinture by the river où Marie Sophie Koulischer patauge dans un anglais qui ne coule pas de source lui ! « In 15mn you have to finish what you begin euh begun no began, oh I mix all the times, preterit, present…anyway there’s no time anymore here ! ». C’est vrai que le bruit de l’eau de la rivière qui coule en continu semble avoir remplacé toute notion de temps…

 3 DAYS OFF by Danius

“Je me suis souvenu que j’avais de l’eau et je l’ai bue lentement pour faire durer le paysage.”

 Arno Bertina, Je suis une aventure

Let’s breath then !

Autre pause et petite ellipse : dès la fin du repas, artistes comme volontaires ou salariés en réinsertion sont déjà à l’œuvre, alors que nous commençons à peine notre café. Profitant de ce temps libre pour pêcher des sources d’inspiration: dans des livres, internet (eh oui le wi-fi arrive jusqu’ici !), dans la pratique de leurs ébauches artistiques, ou encore dans leur lit pour certains; la pause entre les temps de travail est le moment où chansons, mots, idées se libèrent, et envahissent l’ombre des arbres et des bâtiments. Partout où je vais, des guitares chantent, des cordes vocales grattent, des mains et des langues s’agitent.

Autour du café, ce sont les mots qui sont à l’honneur. Patrick raconte de quelle manière il est en est venu, de la musique à la pratique théâtrale. Il évoque sa compagnie et la résidence d’artistes qu’il a mis en place en Haute-Normandie où il vit d’ordinaire, qui met en scène des poèmes « pour offrir un panorama, une autre perspective du texte ». Aragon, Prévert, Queneau, Villon et d’autres encore défilent sous sa langue… De l’autre côté, contaminée par l’atmosphère poétique inoculée par Patrick, Maya, traductrice franco-géorgienne, m’explique comment ses cernes concentrent tous ses états d’âmes et physiques de manière plutôt originale : « La vie est sur le contour des yeux », joli non?

Epuisée par la profusion artistique qui règne pendant la pause, je m’en vais m’octroyer une brève sieste bien méritée, pendant que les autres se remettent à bosser…

TROUVER UN RYTHME : ENTRE ACCENTS ET BAILLEMENTS, RIRES ET SOUPIRS

« The sewing machine has given up, so we have to wait. » Lisa, listening Marie playing violin and waiting to sew a costume.

L’après-midi, je rejoins l’autre versant du Grundtvig qui semble se frotter à quelques difficultés… « Il faut que tu trouves l’équilibre entre paresse et chant. Il faut utiliser tout ton souffle dans le chant, sinon c’est mortel. Faut pas faire d’efforts » lance Patrick à Anthelme, en lui chantant le tango corse pour mieux lui expliquer la manière dont il doit lui-même interpréter sa chanson. Anthelme s’execute docilement : « Je mène une vie tranquille, ne fais rien de mes dix doigts. » Après une bonne demi-heure ponctuée de « again » et « encore une fois », entre éclats de rires et soupirs causés par maladresses ou trouvailles, les cabaretistes partent en pause de 5mn (et oui, encore !).

Dans l’incapacité de bouger de mon fauteuil fort confortable, j’assiste à la discussion de Patrick et Philippe qui discutent de la direction à prendre pour la suite du « Cabaret ».

Tentative de reconstitution de leur dialogue:

Patrick : Il y a une part de jeu mais je ne sais pas jusqu’où je vais les emmener, ça fait parti de l’expérience.

Philippe : Là, du coup, tu joues sur les fils théâtraux, mais peut-être qu’il faudrait pousser les fils musicaux…Faudrait les voir dégrossis. Il y a plein de petits projets à faire aboutir en parallèle. Donner 48h à tout le monde pour vraiment dégrossir, ça serait l’idéal.

Patrick : Oui, ils vont avoir une heure ensuite pour répéter par groupes. Il faut donner du temps.

Philippe : Mais le problème, c’est qu’il faut aussi décider le plus en amont possible de ce qu’on garde et de ce qu’on ne garde pas.

Patrick : Pour l’instant j’essaye aussi d’avoir le plus de matériel possible et à partir de ces matériaux, tu peux les emmener dans la direction que tu veux, on peut par exemple prendre la perspective d’un cabaret absurde.

Philippe : Mais il y a aussi une première étape de pure mise en place musicale. Il faut absolument prendre un parti pris de composition d’équipe.

Patrick : Oui, enfin il faut aussi voir le plus urgent, hiérarchiser. Il faudrait d’abord définir les groupes, que les numéros deviennent des vrais numéros, après ça murira.

Philippe : Oui, il faut faire une couche de fondation, puis sur cette base-là, la semaine prochaine, on enrichit. Il faut qu’on sache de quels numéros on dispose. On a besoin de transformer notre liste d’hypothèses en certitudes !

Quelques problèmes à résoudre donc, mais pas de panique ! «  Les personnages commencent à s’exacerber, c’est intéressant » fait remarquer Philippe, il faut juste qu’ils ne perdent pas le thème de vue, et surtout  qu’ils « trouvent un rythme ». Je ne me fais pas trop de soucis pour eux en voyant comme les problèmes sont assez vite résolus : Oana qui perd l’équilibre du souffle entre chant et danse , se voie bientôt aidée, accompagnée des silences musicaux des autres artistes.

“I have to wait for the branches to soften” Marie making other elements for her artwork while waiting for continuing her big basket.

Et si après cet article vous n’êtes encore pas convaincu de l’utilité de la pause, voici des preuves hautement scientifiques que le silence, la respiration, le « rien » est nécessaire à notre vie d’être humain:

–          « Imagination et invention » de Gilbert Simondon et Bergson sur  l’imagination = nécessité de « l’intervalle » dans l’imagination

–          Tempo des possibles (espaces de la fiction programmatique) de Grégory Chatonsky p.7 = nécessité du « silence » dans la littérature

–          L’avenir des Humanités. Economie de la connaissance ou cultures de l’interprétation? d’Yves Citton = nécessité de la pause dans notre vie quotidienne

Nous on bulle en musique! plop!

Création: la dissection- épisode 2: « On rentre dans la matière! »

In Les sentiers de la création on 18 juillet 2012 at 2:20

N’en déplaise à Anthelme Millon (lui demander sa chanson du clown dépressif bénéficiant d’un secours étymologiste), cette épisode débutera par un petit retour à la lettre latine!

Comment rentre t-on dans la matière? Pas par une porte, ni un engin spatial traversant je-ne-sais-quelle-dimension, non, mais par

LA MAIN

La main, du latin manus, signifie en termes de « papeterie »: « Ensemble de vingt-cinq feuilles de papier formant la vingtième partie de la rame »; ou encore en musique: « Procédé didactique employé entre le xieet le xviesiècle, où l’on représentait la position de tous les tons du système guidonien [inventé par Guy d’Arezzo] sur le bout des doigts et sur les phalanges de la main gauche ouverte. », Être en main(s) (vieilli), [En parlant d’une femme]: « Avoir des relations, une liaison avec un homme. » Pour une définition basique du terme, veuillez consulter votre dictionnaire!

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées
Mon paletot aussi devenait idéal:
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal  ;
Oh ! là
là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !


RIMBAUD, Ma bohème

Loin d’avoir les mains dans les poches, ce deuxième jour les a mises à rude épreuve: e-preuves en images

In the kitchen: Evi making bricks

In the kitchen: Evi making bricks

 

 

Duygu, ready to sing

 

 

one of the volunteer making signs for the festival’s comm’

 

 

Anthelme on the guitar

 

 

Laura-Isabella, Mayah and the branches and leaves

 

 

Duygu and Mikael dancing

 

Volunteer teaching writing

 

« Il ne faut surtout pas réfléchir, juste faire les mouvements »Maya, about dancing

Victoria: putting water on the sculpture

 

 

Michael dancing

 

Idriss making the main material of his sculpture: mud, water, straw

 

Luc and Marie planning the meals of the coming week

 

Patrick and the piano

David ready to sew!

« L’imaginaire n’est rien de plus qu’un prolongement de la matière. »

Caillois, Le Champ des signes 

L’oignon, un faux légume?

In Entre-vues, Les sentiers de la création on 18 juillet 2012 at 1:21

Quel titre accrocheur n’est-ce pas ! Et grand débat, qui plus est… Mais au risque de grandement vous décevoir, cet article ne plongera pas dans les profondeurs des couches oignonales pour vous révéler tous les secrets de cet aliment. Mais plutôt dans le lieu dans lequel le légume (mystère non résolu) repose.

En cette fraiche et ensoleillée matinée du 17 juillet donc, j’errais au hasard en quête de matière à me mettre sous la plume (ou plus exactement le clavier), lorsque musique, odeurs et conversations m’attirèrent vers un lieu des plus fréquentés, et non des moins importants : la cuisine ! Eh oui, elle est certes notre quotidien mais elle mérite une attention toute particulière :

« La cuisine c’est comme l’art, ça demande de la créativité. Savoir balancer les saveurs, utiliser les épices. » Idriss, en pleine activité de sculptage avec Jérôme.

«  J’ai un ami artiste qui aime beaucoup cuisiner, se faire un bon p’ti plat de temps en temps.  L’art et la cuisine, ç’est vrai que ça va bien ensemble.» conclue Jérôme, en pleine activité de supervisage du sculptage avec Idriss.

Et en effet, dans la cuisine je retrouve une musicienne (violoniste et chef d’orchestre : Marie), et une spécialiste de la peinture (Orlane)…

Dans les cuisines festives du Faï repose donc notre carburant à tous, sans lequel pas de création possible ! « Si on se mettait en grève, je pense qu’on obtiendrait vite nos revendications » fait très lucidement remarquer Magali!

Magali pilonnant les amandes

LE LUNCH DE CE MARDI : FICHE TECHNIQUE

Heures : 9h-12h30

Nb de cuisiniers : 7

Nb de personnes à table : 66

Dont 5-6 végétariens, 1 végétalien et 1 allergique aux fruits à coques

66 patates

5kg de viande

3-4 kg d’oignons

Beaucoup de courgettes (voir photo !)

500g miel

200g amandes

Au moins 5 paquets de pâte filo

1 pastèque

Herbes aromatiques du jardin

Les courgettes encore vivantes

Les courgettes en dissection

ECHANGE AVEC LA MADAME LA CHEF 

Je rencontre d’abord Magali, la cuistot du Faï. Magali est cuisinière professionnelle depuis 3-4ans maintenant. Ses ingrédients préférés ? les herbes aromatiques, l’ail et l’oignon.

–  Comment choisissez-vous les plats au menu du jour?

Ce sont les volontaires qui proposent des recettes qu’ils aimeraient réaliser et s’inscrivent quand ils veulent sur le planning. L’équipe change tous les jours et nous sommes plus ou moins nombreux (de 3 à 7 personnes). Tous les mercredis, on se réunit avec Luc pour soumettre les propositions et faire les réserves en conséquence. Et j’adapte aussi les menus en fonction du garde-manger.

[On amène de la menthe et d’autres herbes aromatiques venus tout droit du jardin]

Alors comme ça, le Faï posède son propre jardin…intéressant !Les légumes et les fruits que nous mangeons sont donc « made in Faï » ?

Non, ça ne suffit pas à nourrir la communauté. Mais on peut obtenir des compléments du jardin comme les herbes aromatiques, les myrtilles ou les cassis. C’est un vrai plaisir d’avoir des produits frais.

-Et trouver des idées différentes chaque jour, ce n’est pas un peu fastidieux parfois ?

Non pas du tout, je pars du même principe que lorsque je suis à la masion : je fais une recette différente chaque jour. Après, j’ouvre le frigo et je vois ce que je peux faire avec ce qu’il y a dedans. Ici, c’est la même chose sauf que j’adapte les quantités.  [comme quoi la cuisine en collectivité comme à la maison, c’est possible !]

-J’imagine également qu’il doit y avoir des végétariens, des allergiques, etc. Cette différence de régimes n’est pas trop dure à gérer au quotidien ?

Non, il y a surtout quelques végétariens et un végétalien, mais c’est assez facile. Par exemple, hier c’était quiche lorraine au menu, je leur ai donc fait une quiche aux légumes. Avec les restes de légumes du couscous de dimanche soir : on essaye au maximum de réutiliser, qu’il n’y ait pas de gâchis.

 

ET TOUTE LA TEAM:

–          Evi (crêpes aux épinards loveuse) et Alexis (pizza aux champignons loveur) taillant des courgettes à l’aide d’un robot quelque peu réfractaire

–          Marie making « THE cake », «  It’s just my recipe that I love”, “It’s from home, I love to cook”

–    Orlane et Prescillia, fans de caramel, aidant Marie pour son royal « cake ».

–          Amerouz : ce coupeur d’oignons hors-pair est à l’origine de l’idée de notre repas : des bricks à la viande, recette dirigée semble t-il avec un maximum d’improvisation ! “jcuisine moi, pas de pizza surgelé, c’est déguelasse ! » nous dit-il tout en écrasant les patates (double fonction : quel homme !). Il avouera ensuite sous la torture de mon flash d’appareil photo qu’il cache quelques hamburgers dans son congèl…

 

 

Création: la dissection – épisode 1: l’amorce

In Les sentiers de la création on 17 juillet 2012 at 3:07

« D’où viennent les idées ? » titrait Philosophie magazine de ce mois de juin dernier. Premier jour de résidence pour le Grundtvig au Faï, début de la troisième semaine pour les volontaires des chantiers : d’un côté, la rencontre des gamètes de la création, de l’autre, ses premiers pas hors du ventre de l’imagination.  Sous une division en trois groupe réunis par un thème commun – « L’hêtre et le boulot »- et un  fil directeur -la création ensemble- les artistes en herbe ont été mis au défi de réaliser un spectacle total, de la mise en scène au décor, présenté en fin de semaine du FestiFaï.

Mais comment un groupe si nombreux parvient-il à construire une oeuvre cohérente et de qualité ? Comment, à partir d’origines, d’éducations, d’âges et surtout de langages si différents(« backgrounds » comme le résume si bien l’anglais, langue de communication de la résidence) des artistes trouvent-ils un terrain d’entente, une harmonie qui donne une forme au chaos initial ? L’idée du melting-pot générateur d’idées est en effet parfois plus séduisante qu’effective… Mais voyons donc quels stratagèmes ont été mis en place en ce lundi 16 juillet 2012…

 

 

RECETTE POUR OEUVRE D’ART OU HOW TO BE AN ARTIST

Be a singer: couds ou tisse tes notes!

Entre aller-retours entre les trois groupes, j’ai pu saisir quelques techniques infaillibles à la création d’une oeuvre d’art (avis aux amateurs!):

1- « il faut de la matière » (Patrick V.): la création ne se fait pas à partir d’une abstraction venue tout droit du ciel, mais de bouts de chansons, de brouillons de scènes, d’essais de pas de danses, et à partir de là on retravaille et met en forme jusqu’au produit final.  Technique garantie  100% valable pour toute sorte de création (même un mémoire!).

Et en détail ça donne quoi? on fait des petits groupes au sein du groupe-même, on donne 10mn de « free creation » à chaque groupe, puis on partage, modifie et garde les éléments intéressants.

Duo piano-mots en free-style (ou presque)

2- « There’s a special feeling about each place » ( artiste du Grundtvig-scénographie): les idées surgissent rarement enfermé entre 4 murs monochromes, l’échange avec l’environnement extérieur, au contraire, offre parfois un secours inattendu. Dans le cas du land-art, il est d’autant plus important que l’art est créé « in situ »!

Et en détail ça donne quoi? observer les possibilités qu’offre le site d’exposition par la marche et le regard par exemple..

Alors, pas d’inspiration, vraiment?

échange extériorisé des « intérieurs » de chacun!

Et inspiration par d’autres imaginations!

3- « They are only practicing »  (artiste du Grundtvig à propos d’une réunion musicale clandestine de quelques-uns des musiciens du G. en compagnie de volontaires et surement d’autres personnes): peut-être, mais c’est cette pratique qui permet de renforcer son propre imaginaire artistique, et les liens avec les autres artistes ET  également des non-spécialistes de la création, ce qui parfois donne des perspectives très inattendues… (bon et puis un concert privé après le repas, c’est aussi très appréciable..!)

Teaching the rythm

petit concert improvisé

4- « Leave it » (artiste du Grundtvig- scénographie): pour faire venir les idées, ne les cherchez pas, laissez juste reposer la pâte!

 

 

Ciel, qu’allais-je oublier, voici enfin LE PLUS IMPORTANT:

5- la bière, bien sur! ( méthode infaillible de David, artiste Grundtvig-scènographie: pour toute réclamation, s’adresser à l’intéressé!)

Voilà pour ce moment-clef dans la création qu’est l’amorce du projet! La suite au prochain épisode…