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Archive for the ‘Vers l’infini et l’eau-de-là’ Category

SaFaïri haut-alpin

In Après-goût: les effets secondaires, Vers l'infini et l'eau-de-là on 21 août 2012 at 6:00

15 jours passés au Faï en juillet et une montagne d’artistes découverts, je repars en quête en cette terre fertile : les nouveaux talents seront-ils à la hauteur ?

 

Après 5h de route, un passage prolongé chez les dromadaires et une visite d’exposition où les effets de reflet et la distance imposés par la porte définitivement fermée aux visiteurs en ce vendredi après-midi 15h34 donnèrent un éclairage original à l’œuvre de Jérôme Piguet…me voilà, telle Hannibal, franchissant victorieusement la frontière des départements drômois et haut-alpins à la conquête des éléphants du Faï…enfin, de ses trompes !

 

Les trompes actuellement: en cours de rénovation. (Photo de René)

 

Dépaysement éternel garanti : lorsque j’arrive les résidences artistiques et chantiers du mois de juillet ont été remplacées par « quelques » autres chantiers. Les rythmes reggae de Djiwan balancent déjà dans l’air encore vibrant de chaleur de la fin d’après-midi (34° à Die) et comme d’habitude, ça brasse en langues d’ici (le franglais) et surtout d’ailleurs. Entre jus d’orange (français) et sirop de pomme de pins (estonien), on patiente comme il se doit.

Eh bien oui, ce 17 août au soir c’est la fête: après Festifai et la fête du Saix on a un peu envie de dire que c’est un état permanent par ici ! « La Montagne qui chante » a lieu tous les ans à cette date précise depuis bien une quinzaine d’années maintenant. Le principe, comme l’indique le nom du festival arborant l’affiche colorée qui m’accueille, est de « faire chanter la montagne ». Budget à la culture réduit oblige, on n’emploie plus de chanteurs, on exploite les éléments ! Trêve de plaisanterie, le Faï abrite en réalité un trésor insoupçonnable et plutôt intriguant…

 

Construction des trompes (Photo de René)

En 1991, jaillit l’idée d’utiliser « l’orgue naturel » de la paroi rocheuse du Faï en développant un système acoustique qui permettrait de projeter des sons et la transformant ainsi en caisse de résonance. Les premières expériences utilisent des enceintes habituelles, mais assez faibles en puissance pour un « orgue » de cette taille-là ! Très vite la recherche d’une puissance plus importante mais aussi la constatation que la direction du son est une donnée à ne pas négliger dans la qualité de l’écho va mener grâce à l’imagination (et aux plans) d’un ingénieur du son Michel Stievenart, à la création d’un système acoustique géant : les trompes ! Nous sommes alors en 1994. Ce sont les trompes des aigues et des médiums – celles qui demeurent souvent cachées aux yeux du public car demandant une protection du fait de leur construction en bois- qui voient le jour à cette période. En 1997 enfin, la trompe des graves surgit de terre : une immense structure en métal et béton voilé dont la construction est réalisée de concert par Jacques Chataîgnier et les habitants du Faï, des participants à un chantier international qui entreprirent ce chantier gigantesque (non sans quelques péripéties évidemment !). Une régie a été également installée, gérant le transfert de la musique live ou enregistrée vers les trompes en la divisant en trois fréquences, grave, médium, aigüe correspondant aux trois systèmes de projection. Pour saisir tous les effets sonores de l’orgue naturel, (au moins) trois endroits stratégiques existent, dont les gradins de la scène du Faï  où se dirigent la plupart des spectateurs de ce soir, l’endroit alliant confort des fesses au confort d’écoute…

 

« -what are you expecting ?

-I think I expect some vibrations, some good experience.”

 

Enfin les étoiles nous transpercent. Le pastis a la couleur de la voie lactée. Les sons élongés d’Insiden, trois jeunes gens composant ce groupe de musique « d’ambiance » grenoblois s’engouffrent entre l’eau du Buëch, les odeurs d’herbe, et le vent léger qui ponctue les silences musicaux. On tâtonne dans le noir, entre les corps noyés dans le ciel pour seul éclairage afin de nous installer au « spot » qui nous fera le plus vibrer. Et là, quelle cantatrice cette paroi face à nous ! (on lui pardonne du coup de nous dissimuler quelques étoiles filantes) Le ciel entier nous tombe dessus sous les flux liquides du son qui se propage insidieusement en nos entrailles…

 

« après ça, on est complètement détendu »

 

Après la détente, c’est reparti pour des rythmiques trépidantes ! La soirée s’achève ou plutôt continue avec le concert de Djimdan. Leur énergie communicative fait danser des regards d’enfants dans la lumière rouge de la scène. Il fait un peu frais dans l’air troué d’étoiles, mais il fait chaud près de la scène où des bolas qui n’étaient pas prévues au programme viennent soudainement endiabler les tam-tams.

 

Le groupe Djiwan derrière le public

 

Le pilier du groupe à la guitare et au chant

Deux des quatre autres musiciens de Djiwan

Bref, au Faï, ça trompe énormèment !

[La partie historique des trompes doit beaucoup au mémoire de Jacques Pierre. Photos de René et de moi-même. Remerciements à tous mes pourvoyeurs d’informations et mes hommages à Lady Gaga (la chèvre)]

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Life is a cabaret!

In Le FestiFaï day-by-day: entre dessous et devant de la scène, Vers l'infini et l'eau-de-là on 28 juillet 2012 at 4:26

Anthelme, Duygu, Oana, Ruta, Maruthi et Mickaël: acteurs européens de ce Cabaret

 

« Qu’attendez-vous d’un cabaret européen ? »

des jeux de cartes, de la musique..

something magic and magnetic

de la diversité, un aperçu de la culture européenne avec ses différences et le choc des cultures mais aussi la cohésion. Et de la variété, des identités culturelles. (il y en a qui ont révisé avant de venir !)

qu’on boive toutes les boissons d’Europe !

Grand jour pour le Grundtvig scénographie : ce soir, premier jet on stage de leur Cabaret Européen, fruit de deux semaines de résidence en ce lieu bucolique et chaotique qu’est le Faï avec ces artistes amateurs venus de Lituanie, Turquie, Espagne, Allemagne…Et France!

 

«  Pour moi, le mot « cabaret est très mal choisi, ça ne renvoie pas du tout à la même chose pour vous en France qu’en Allemagne. En Allemagne, c’est une forme de théâtre sociale, politique, ici ça s’apparente au divertissement. Il faudrait plutôt parler de spectacle mêlant poésie, théâtre et musique, je trouve. » (Mickaël, premier jour de résidence)

WHAT IS A CABARET ?

L’imaginaire du Cabaret se résume souvent aujourd’hui à cela :

Le moulin Rouge à Veynes-city : alléchant, isn’t it !mais je ne suis pas tout à fait certaine que cela soit l’esprit du FestiFaï…

Petit retour donc sur une forme de spectacle qui possède aussi sa petite histoire…

 

« Mesdames et messieurs, le Cabaret Voltaire n’est pas une boîte à attractions comme il y en a tant. Nous ne sommes pas rassemblés ici pour voir des numéros de frou-frou et des exhibitions de jambes, ni pour entendre des rengaines. Le Cabaret Voltaire est un lieu de culture. » (annonce lors de la soirée inaugurale du 5 février 1916 pour faire taire l’énorme chahut)

*HUGO BALL*

D’où vient la culture cabaret ?

Naissance : « Le Chat Noir », Montmartre Paris en 1881, lieu d’échange pour les poètes, musiciens et autres artistes. Maupassant, Debussy ou encore Satie ont poussé la porte de ce lieu.

A cheval sur le cabaret -la période Dada : Le 5 février 1916, Hugo Ball, Emmy Hennings , Hans Arp, Tristan Tzara et Marcel Janco  inaugurent le « Cabaret Voltaire », l’antre et un des principaux diffuseurs du mouvement Dada. Expérimentation, « spectacle total, « happening », rythme  ou encore provocation sont quelques éléments de son ambition.

« Dada est une nouvelle tendance artistique, on s’en rend bien compte, puisque, jusqu’à aujourd’hui, personne n’en savait rien et que demain tout Zurich en parlera. Dada a son origine dans le dictionnaire. C’est terriblement simple. En français cela signifie « cheval de bois ». En allemand « va te faire, au revoir, à la prochaine ». En roumain « oui en effet, vous avez raison, c’est ça, d’accord, vraiment, on s’en occupe », etc. C’est un mot international. Seulement un mot et ce mot comme mouvement. »

Extrait du manifeste Dada prononcé le 14 juillet 1916 par Hugo Ball

La Belle-Epoque, divertissement et exotisme: Autrement appelés cafés-concerts ou cafés-théâtre, apparaissent à Paris plusieurs lieux de ce genre, qui permettent notamment la rencontre des classes sociales grâce à leurs prix bas : Les Folies Bergères où l’on peut assister des numéros de toutes sortes (chanteurs, danseurs, clown, jonglage, personnages sensationnels, cirque) et le Moulin Rouge pour les plus connus.

Liza Minelli dans Cabaret

Belle-époque du cabaret à Berlin également ! Le film de Bob Fosse, Cabaret (1972) qui retrace cette période où le divertissement semble vouloir contrer la montée du nazisme ; est d’ailleurs le po(i)nt d’inspiration de Patrick Verschueren dans sa mise en scène du Cabaret Européen présenté en ce moment au FestiFaï..  Cette mythologie de décadence qui règne autour du cabaret allemand et qui s’est ancré dans nos imaginaires, n’est cependant pas l’esprit du spectacle présent (comment ça dommage ?!)..

L’affiche du film Chicago, inspiré de la comédie musicale de Bob Fosse

Le Cabaret du côté de Broadway : né dans les années 1980, c’est un « art de la chanson [chanson et comédie musicale] où priment l’expression théâtralisée du texte et l’intimité de l’échange avec le public » nous indique savamment Jacques Protat dans sa thèse sur le Cabaret New-Yorkais.

« dans le cabaret, la première chose que t’apprends  c’est la relation avec le public, il est hors de question qu’il s’emmerde ! »

Pierre Henri

En bref, le cabaret évoque : liberté, irrévérence et provocation, improvisation, rencontre de la culture populaire et culture savante, mélange des arts (théâtre et musique notamment), satire socio-politique, proximité artistes-public, et boisson !

 

Au Cabaret-Vert

cinq heures du soir

Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines
Aux cailloux des chemins. J’entrais à Charleroi.
− Au Cabaret-Vert : je demandai des tartines
De beurre et du jambon qui fût à moitié froid.

Bienheureux, j’allongeai les jambes sous la table
Verte : je contemplai les sujets très naïfs
De la tapisserie. – Et ce fut adorable,
Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,

− Celle-là, ce n’est pas un baiser qui l’épeure ! −
Rieuse, m’apporta des tartines de beurre,
Du jambon tiède, dans un plat colorié,

Du jambon rose et blanc parfumé d’une gousse
D’ail, − et m’emplit la chope immense, avec sa mousse
Que dorait un rayon de soleil arriéré.

Rimbaud, octobre 1870.

 

Et oui, le cabaret c’est avant tout un lieu de rencontre autour d’un petit verre !

Cabaret : « débit de boissons modeste, où l’on peut parfois prendre des repas. » Assise au Café du Peuple pour cet article, il semble que finalement le lieu se prête particulièrement bien à la chose. Par extension, nous dit « Le Trésor de la Langue Française » (rien que ça), le cabaret est un « petit établissement de spectacle où l’on peut parfois prendre des repas, consommer des boissons et danser. Synonyme : boîte de nuit…Bon finalement le Café du Peuple à 17h, c’est pas trop ça niveau DJs… Le cabaret serait-il aujourd’hui définitivement mis en boîte ? Pas de doute, le Café du Peuple n’est pas une discothèque…mais bien un lieu de musique vivant dans lequel l’espace réduit rapproche les êtres, et où le bar sert aussi (en plus des bières et de p’tis verres de vins) de scène, comme ce jeudi dernier.

les coulisses avant la première

 

Alors, pourquoi jouer ce Cabaret Européen sur la scène lointaine du Cinéma de Veynes et non au Café du Peuple ?

Pour n’importe quel spectacle, le lieu n’est pas anodin et fait partie du show . Patrick V. ne semble pas trop affecté par la distance qu’impose l’imposante estrade du cinéma, la trouvant surtout trop « frontale », et Le Café du Peuple est trop petit pour toutes les trouvailles mises en scène dans le Cabaret de ce soir! Maruthi, elle,  “ would prefer to play in the street » et trouve la scène « too static, too aggressive »… Problèmes techniques qui change la perception du spectacle: étant habituée à les voir répéter « de près », je trouve que certains numéros perdent de leur force  dans cette vision de loin…mais renforce le visuel dans d’autres: compliqué la scène!

Même ayant suivi assidûment les répétitions la première semaine, je suis agréablement surprise: certains personnages se sont vraiment développés, et plusieurs numéros sur lesquels je ne pariais pas trop sont en fait ceux qui marchent le plus. SURPRISE est un mot qui revient dans les impressions du public pour qualifier la première de ce Cabaret:  « étonnant », « très beau, très imaginatif ».  Et l’inverse : d’autres numéros qui me plaisaient beaucoup ont perdu de leur saveur. »Il y a avait trop de de mise en scène et pas assez de chansons! », me dit un spectateur. Je suis assez d’accord, on aimerait par moments que les chansons ou les parties dansées soient un peu plus longues : the show must go on!

Ce soir sera l’occasion pour Oana, Maruthi, Mickaël, Ruta, Duygu et Anthelme de s’exercer dans un tout autre lieu, non moins magique: la scène aquatique du Faï (espérons d’ailleurs que l’eau ne tombe pas du ciel capricieux et reste dans l’étang) !

 

Dans le corps de l’œuvre : décors, des corps. Encore !

In Entre-vues, La résidence day-by-day, Les sentiers de la création, Vers l'infini et l'eau-de-là on 19 juillet 2012 at 11:33

« L’art, c’est un truc d’intello » lance Mekkhi volontaire au Faï, apprenti soudeur s’exerçant sur une sculpture landart, et dont le rêve est plutôt de devenir conducteur de trains!

L’art, une affaire de cerveau ? Quelle place prend donc le reste du corps dans la création ? A l’image de nos artistes qui sont allés tâter la scène pour la première fois de la semaine, nous sommes de notre côté rentrés dans le lard de l’art !

LA SCULPTURE : TROUVER LE CORPS DANS L’ART, PREMIERE ETAPE

Je commence la journée par un petit tour du côté de la statue d’Idriss. Après l’avoir prise en photo, deux randonneurs arrivent en chemin : ils s’arrêtent pour photographier eux aussi sa femme de torchis pendant que l’auteur de l’œuvre leur explique le projet du FestiFaï : « Pour le festival on monte une balade qui part du Saix, le village un peu plus-bas, pour arriver au Faï. Il y a aussi des vrais artistes qui sont là pour faire des sculptures tout le long du chemin. »

Des « vrais » artistes ?  Pourtant, sous ses habits de volontaire Idriss ne semble pas si éloigné de cette qualification…

ceci est une photo à but purement artistique (modèle de muscle pour bras de statue requis sisi!)

Idriss peint. Peut-être un peu moins maintenant qu’il a abandonné l’idée d’une carrière artistique pour des études de médecine, mais quand même, il peint. « Je voulais faire les arts-déco, mais on m’a dit que je foncerai droit dans l’mur ».

« Elle a du chien » by Idriss

La peinture « ça me vide la tête, je ne pense plus à rien et je suis focalisé sur ce que je fais. C’est ça qui est bien avec l’art. »

CORPS-A-CORPS

La conversation va et vient au gré de divers sujets qui s’infiltrent subrepticement dans mes questions sur sa pratique artistique : études, politique, science-fiction, chantiers solidaires, mangas, cinéma, différences de sexe… Il dit ne « rien comprendre à la politique » et ne « s’y intéresser vraiment qu’en périodes d’élections », mais fan de dystopia et autres problématiques de la SF (pas si étrangères aux questions politiques !), il a lu quasiment tout Barjavel et me remet en mémoire en quelques minutes le synopsis du roman d’Aldous Huxley, Pour le meilleur des mondes. Le cinéma, il « aime vraiment ». Quel genre de films ?, je lui demande. « Les films qui me font rêver. S’il me fait rêver, c’est qu’il m’a touché. ». Puis il me parle de sa peinture qu’il m’a montré la veille sur facebook, celle de la femme aux dimensions élastiques : « L’originale est mieux. J’ai rajouté le cadre après. Je me suis aperçu ensuite que tout ce qui sortait du cadre était déformé, j’ai commencé à y penser après. »

Rebondissant sur la « pensée » j’en profite pour poursuivre mon exploration sur la part de neurones dans l’œuvre d’art : « Et est-ce qu’il y a un sens à tes peintures, est-ce que tu cherches à représenter quelque chose, une idée, un symbole ? »  C’est là qu’il me répond que la peinture lui permet surtout de ne pas penser : « non, je ne cherche pas de sens. Bien sûr, il peut y avoir une idée principale, mais je ne cherche pas à imposer un sens à l’œuvre. Les gens peuvent y trouver ce qu’ils y veulent, l’interpréter de la manière qui leur plaît. ». Il m’expliquera dans la soirée ce que représente pour lui sa peinture: « tout ce qu’il y a à l’intérieur du cadre, c’est le réel, les yeux tournés vers l’avenir. En dehors du cadre, c’est le monde des possibles, tout ce qu’elle pourrait faire mais qu’elle ne peut pas, enfermée par le cadre. »

Il continue à me parler de la réalisation de cette même peinture (et d’autres): « Je passe des heures à la regarder. C’est comme si je voulais mieux la connaître. Quand tu fais, tu n’admires pas ce que tu fais. C’est important de prendre le temps de la regarder. C’est comme quand tu rencontres quelqu’un. » Et puis : « J’ai fait une peinture du style pop-art, une blonde à l’air ébahi, énorme: 2x2m et en tout en petits points, j’ai mis des semaines à la finir ! »

Des femmes, encore des femmes… ! « Je n’y ai jamais pensé, me dit-il lorsque je lui pose la question au sujet de cet objet de prédilection. « Je fais souvent des choses en opposition, des figures féminines mais qui dégagent de la force à la fois [sa sculpture est en effet un mélange de féminité, à la fois en formes et en minceur, tout en muscles sous le poids de l’effort]. Je ne sais pas, la femme m’inspire plus de beauté que l’homme, elle est plus sensuelle je pense…Evidemment, j’ai un regard masculin. Peut-être que si j’étais une femme, je préfèrerais prendre l’homme pour sujet. »

Ayant les éléments nécessaires à mon enquête, je le laisse terminer le bras de sa sculpture (un membre par jour), qui apparemment lui résiste un peu !

DEUXIEME STEP : ENTRE-DANSE ET MAITRISE DU SOUFFLE

Des corps allongés sur des édredons. Souffles lents et réguliers… C’est l’heure de la sieste. Oui, mais pas pour tout le monde : les artistes du cabaret ne se prélassent pas dans les bras de Morphée, ils sont en plein exercice de respiration.

sans les sons de vach-èvres qui accompagnaient l’exercice, dommage!

« Il y a un certain nombre de choses que l’on fait mais on ne sait pas comment. Je les fais travailler le souffle mais pas seulement à ce niveau [il montre le ventre] : la respiration ça va de là [les hanches] à là [en-dessous du menton]. Ça leur permet de bien la comprendre et d’avoir des repères. »

En effet, c’est un exercice qui semble explorer toutes les possibilités du corps…

« When you laugh, it was very good with your voice, you have to find the same energy. » Patrick

Dès que le soleil est moins fort, ceux-ci s’en vont faire les premières répét’ sur la scène, comme l’ont fait avant eux ce matin les groupe scénographie qui a défilé en costumes : le spectacle prend corps !

 

RECHERCHE DE L’HARMONIE: DES-ACCORDS

Enfin, je croise Marie, volontaire à long-terme au Faï que nous avons déjà croisée dans les cuisines auparavant. Elle confectionne un panier de branchages géant pour la balade Land-art.  Mais cette fois c’est de musique qu’il s’agit : lorsqu’elle n’est pas sur le chantier,  Marie est violoniste depuis ses 4 ans (18ans donc) et étudie la direction d’orchestre.

Marie en violon solo à 18ans

Je lui pose directement la question : « Is your music practice more about feeling or thinking ? », “First feeling, then it starts to turn thinking. It’s very hard to say.” Comme quoi, ça se confirme: les neurones ne font pas tout dans l’oeuvre d’art.

La preuve en mots. Lorsque je lui demande pour quelles raisons elle a débuté le chant (ah oui, parce qu’elle chante également !), celle-ci me répond : « it started with this problem in my shoulder, I couldn’t play violin and it was so painful, I wanted to express myself, somehow I just started to sing and then I found this choir.”

Chez les artistes comme chez les sportifs finalement, quand le corps ne va plus, le reste non plus… Alors, que un truc d’intello, l’art ?!

Quand l’art épouse la nature: les dessous d’une nébuleuse relation

In Vers l'infini et l'eau-de-là on 1 juillet 2012 at 11:03

Pendant le FestiFaï, c’est sept artistes plasticiens venus de toute l’Europe qui vont, en la compagnie de Marie-Sophie Koulischer, elle-même artiste et intervenante, créer le décor du Cabaret Européen qui viendra clôturer le festival. Leur matière première ? L’environnement dans et pour lequel ces œuvres vont être créées : la nature haute-alpine et ses habitants (à quatre comme à deux pattes), dans le but de réconcilier enfin art et nature.

« Art et nature », cela doit surement vous évoquer quelque chose… Ces deux mots composent le terme bien connu de « LAND-ART ». Littéralement, « LAND-ART » signifie en français « l’art de la Terre, du territoire »:

  » ‘LAND’ peut exprimer aussi bien la terre (ground) que l’on cultive ou parcoure, que le pays (nation) à découvrir. Le territoire du Land Art est donc par essence global, ouvert et infini ; Un ‘hors limites’ « . 

Laurent Maget

Spiral Jetty by Robert Smithson: boue, précipités de cristaux de sel, eau, roche

Spiral Jetty by Robert Smithson: boue, précipités de cristaux de sel, eau, roche (Photographed by George Steinmetz, September 2002)

Qui n’a pas déjà  été surpris, en feuilletant l’imposante collection de photos de La Terre vue du ciel par Yann Arthus-Bertrand, ou simplement lors de promenades, de l’instinctive « plasticité » de notre environnement? De la simple construction fractale d’un flocon de neige, à celle d’une île en forme de coeur, la nature semble contenir en elle-même cette idée de beauté « plastique ». Quelle relation avec la nature entretiennent alors les artistes qui qualifient comme telle leur création? Existe-t’il une communauté de « landartiens » qui se réuniraient sous une même définition du terme et une même pratique?

Pour trouver des réponses, rien de tel que de poser les questions. A la suite de mon investigation dans le vaste champ du land-art qui m’a mené de France jusqu’en Mongolie en passant par l’Allemagne,  il est apparu un fait évident: il n’existe pas « un » ou « du » land-art, mais autant (ou quasiment) de ramifications de cette pratique qu’il en existe d’artistes.  Les réponses des trois artistes qui sont venus en éclairer les racines: Marie-Sophie Koulischer coordinatrice de la création plastique au FestiFaï, Marc Schmitz artiste allemand, et enfin « PLUme Land-art », land-artiste(s) français m’ont plutôt fait l’effet d’une friche emplie de fleurs des champs que d’une sage plate-bande de tulipes (bien nous en fasse !).

 

LE LAND-ART: UNE OU DES IDENTITES?

Si le terme ne désigne donc ni un mouvement précis, ni une étiquette artistique particulière; il possède une histoire:

Date et lieu de naissance : 1966-68, USA.

Nom de naissance : « Earthworks »

Père : Robert Smithson, et Michael Heizer, Dennis Oppenheim, …

Signe particulier : immensité des espaces, démesure des projets

Activité: contestation contre l’enfermement commercial de l’art dans les musées et galeries d’art, volonté de retrouver un lien entre art et réel, entre art et vie.

Descendance principale:  Amérique, Europe  avec Andy Goldsworthy, Nils Urdo, et bien d’autres.

Lien familial entre première et deuxième génération : relation à l’environnement, la nature comme lieu de création et/ou matière de l’œuvre (plus souvent « et ») impliquant un questionnement de notre relation à la nature, à l’espace habité ainsi que de la relation entre art et nature.

Motifs et notions-clefs : cercle/spirale, in situ, éphémère, in progress, expérience, perception

 

DES EARTHWORKS AMERICAINS AU LAND-ART ALPIN CONTEMPORAIN

Mais même au sein du FestiFaï qui se joue de toutes les limites, avec ses pianos dans les arbres, et ses concerts à trompes gigantesques, la création « landartienne » que présente le festival ou par exemple PLUMe Land-art, artiste interviewé à l’occasion de cette enquête, prend tout à fait d’autres proportions que celle des américains des années 60s.

Se rejoignant tous deux sous l’influence d’Andy Goldsworthy, pionnier du land-art européen, MS Koulischer et PLUMe Land-art en présentent une version pus intimiste, centrée sur notre relation personnelle à l’environnement au-delà des grands débats artistiques et politiques, parfois même comme manière individuelle d’être-au-monde au quotidien.  L’accent est porté sur le processus créatif, et son caractère collectif, autant dans la relation à d’autres artistes qu’à celle avec le public: l’oeuvre naît de et dans la rencontre.

Spirale minérale par Andy Goldsworthy

Cercle/ trou noir par Andy Goldsworthy

Ces deux motifs, le cercle et la spirale, se retrouvent tous deux dans le portfolio de PLUMe, tout comme dans la collection de mandalas de MS Koulischer. Ils sont récurrents dans la création land-art, don l’influence principale en est san doute Andy Goldsworthy.

Pourquoi la spirale?

La spirale est  un symbole exprimant une certaine vision du monde: elle apparaît comme la forme dynamique de renouvellement, comme « l’esthétique du chaos, du métissage, de la complexité et de la diversité dans l’unité.  » [Frankétienne, écrivain Haïtien dans une interview sur le mouvement littéraire et artistique caribéen du spiralisme]. Au-delà du symbole, elle est également forme naturelle de l’ADN et de nombreux autres éléments naturels comme le chou romanesco ou la feuille de fougère (constitués selon le principe de la fractale).

 

[Pour une balade plus approfondie dans l’approche du land-art par ces deux artistes, lisez leurs mots: entre-vue artificielle sur le naturel en compagnie de MSDK et PLUMe Land-art]

 

 

 

 

 

…A LA  BIENNALE « 360° » EN MONGOLIE: MAPPEMONDE  DU LAND-ART AUJOURD’HUI

Sur d’autres versants de cette vaste prairie de land-art, se manifestent toujours des créations qui entretiennent une relation directe avec des questions d’ordre politique, portées notamment par la réflexion grandissante sur les relations qu’entretient l’Homme à son environnement (sous les étiquettes « écologie », développement durable, etc.). D’Al Gore et son documentaire  « Une vérité qui dérange » (2006) à la mode du bio dans votre supermarché, en passant par le genre littéraire du « nature writing » en Amérique du Nord et Australie, la nature est aujourd’hui sur le devant de la scène. Rien de plus normal donc, que le land-art en vienne à exprimer ces préoccupations.

Marc Schmitz, artiste allemand et surtout nomade, sans être praticien exclusif du landart comme le sont nos deux artistes français, a pris part par exemple à la toute première biennale de land-art en Mongolie, expérience réitérée ce prochain mois d’août.

Pour lui, créer dans et avec l’environnement naturel revêt donc d’autres fonctions. A l’origine travaillant sur la notion d’espace et notamment de verticalité, il évoque les possibilités qu’offre l’immensité de territoires non-occupés et non transformés par l’architecture humaine : « land-art spaces are more available [for creation] » . Ces espaces naturels sont associés à l’idée de liberté dans la création, ce que ne permettent apparemment pas les espaces habituels du système artistique commercial  (galeries et musées), « they are free spaces, open spaces ».  On retrouve ici l’idée originelle du land-art américain des sixties.

Spaces N° 6, Albuquerque, New Mexico, US
Land Art NM, The Richrd levy Gallery 2009

Spaces for Open Minds, Busan Biennale Korea 2004, steel, 2 membranes,
diameter 460 cm, height 320 cm

Ulaanbaatar Project, Mongolia 2005

Des éléments de sa création ne sont toutefois pas si éloignés de la pratique du land-art par MS Koulischer ou PLUMe…

Une de ses peintures dans son studio à Berlin

En lui demandant si ces peintures (abstraites) exprimaient une idée, une valeur, ou tout autre symbole, sa réponse fut pour le moins assez claire: « No meaning! There’s absolutely no meaning.  » Expérimenter les formes et les sensations, expérimenter dans le processus-même de l’oeuvre d’art plutôt que dans sa contemplation est un des aspects de son travail.  C’est ce même lien sensible au monde et à l’oeuvre d’art que l’on trouve chez MSK et PLUMe.

Il y a également cette volonté de revenir à une vision simple du monde, une simplicité et une immédiateté des relations entre l’être et son environnement qu’on trouve dans l’idée de « primitivisme » (non au sens de « sauvage » mais plutôt d’originel). L’environnement naturel est le type d’espace qui permet cette vision, et cette pratique de l’art. Les oeuvres de Marc Schmitz explorent l’espace vertical entre terre et ciel, l’ouverture de l’espace,…  Comme Smithson avec le motif de la spirale, Goldsworthy avec ses « trous noirs », MSK et sa collection de mandalas ou encore PLUMe dans son utilisation exclusive de matériaux naturels (comme le font d’ailleurs Goldsworthy et MSK).

Si la création de Marc Schmitz reste fondamentalement différente, notamment dans le fait que les matériaux utilisés pour créer ne sont pas « naturels », sa vision de celle-ci met évidemment en valeur certains traits du land-art. Pour lui, être artiste consiste en la conscience de ce qu’il appelle « singularity » ou « syncronicity ». C’est-à-dire la perception de « choses arrivant [« magiquement »] au même moment » et la cristallisation de cet instant. L’environnement naturel est un endroit privilégié activant cette perception. C’est par exemple après avoir subi un violent orage de grêle que Marc Schmitz a décidé de travailler sur notre relation au ciel: « there is a feeling coming from nature » qu’il est impossible de trouver dans les villes.

Marc Schmitz participera à nouveau à la biennale Land-Art Mongolie cette année sur le thème « Art and Politics » , un thème qui comme celui de l’année 2010 (« sustainability », développement durable) ou celui, futur, de l’année 2014 (relations homme/animal) questionne directement nos manières d’être (et d’agir) au monde dans nos sociétés. Un des buts de cette Biennale est notamment de proposer et développer une alternative aux centres d’arts que constituent les grandes villes (Paris, New-York, Berlin, etc) en insufflant la pratique artistique dans les périphéries.

Création de Marc Schmitz pour LAM 360° – 2010

Pour d’autres projets estampillés  « Land-Art » qui possèdent cette dimension politique, voyez par exemple la page facebook du « Land-Art Generator Initiative »: http://www.facebook.com/#!/pages/Land-Art-Generator-Initiative/88054178212

 

Au terme de notre voyage, notre impression s’est trouvée confirmée:  il n’existe pas UN land-art mais PLUSIEURS selon les divergences de pratiques, d’influences, de lieux et d’enjeux. « Land-art » est multiforme: art in situ, earthwork, art écologique, art environnemental…autant de noms qu’il peut adopter! UN but commun sous PLUSIEURS raisons:  faire sortir l’art des musées.  Ce but est malheureusement souvent difficilement atteignable du fait même du caractère éphémère du land-art: ce dernier se retrouve finalement saisi sur négatif et emballé sous verre, pendu à un mur de galerie… La création du FestiFaï, tout comme la création de PLUMe Land-Art d’ailleurs,  évitera de se noyer dans cet unique moyen d’accès au land-art en proposant une création à plusieurs et in situ pendant la durée du festival.

Le land-art: revenir à la nature pour redéfinir la création artistique?

« Back to the trees! » comme dirait Oncle Vania! (Pourquoi j’ai mangé mon père)

 

 

 

 

Pour approfondir, trois sites de référence:

http://www.landarts.fr/: « Portail du Land Art », site très complet dont la vocation est de faire découvrir les multiples créations existant dans ce domaine, encore peu connues.

http://www.landarts.info/ : « Annuaire du Land-Art et de l’Art In Situ », plateforme permettant de référencer les sites à propos de land-art.

http://www.obsart.blogspot.fr/  : « Observatoire du Land Art- Lieu d’archivage, de recherche et de transmission du Land Art ». blog en anglais et français